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Technologie

La réalité virtuelle pour diagnostiquer les commotions cérébrales

05-11-2018

Photo: Dobson Centre de McGill

Grâce à la réalité virtuelle, Saccade Analytics aide les professionnels de la santé à diagnostiquer des commotions cérébrales et les patients à s’en remettre.

L’été dernier, les jeunes confiés à la clinique des commotions cérébrales de l’Hôpital de Montréal pour enfants ont mis, au moment de leur évaluation, des lunettes de réalité virtuelle. Plutôt que d’estimer uniquement à l’œil nu les réflexes des enfants en leur demandant, par exemple, de suivre des yeux un doigt ou un crayon, les cliniciens ont expérimenté la technologie de l’entreprise en démarrage Saccade Analytics. Leur but : vérifier si cette dernière peut les aider à déceler des déficiences plus subtiles. « Si oui, tant mieux. Cela pourrait permettre de mieux aiguiller les interventions », souligne Isabelle Gagnon, physiothérapeute à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Saccade Analytics s’est donné comme mission de concevoir et de commercialiser une technologie pour faciliter le diagnostic des commotions cérébrales et de maladies neurodégénératives. « C’est un peu une histoire de famille », raconte en riant Isabel Galiana dans les locaux de Saccade Analytics, située à l’accélérateur Centech, à l’École de technologie supérieure de Montréal. Formée en économie, elle s’est laissé convaincre par sa mère, Henrietta Galiana, professeure en ingénierie biomédicale à l’Université McGill, de lancer avec elle une entreprise pour mettre au point une solution fondée sur ses travaux de recherche. Depuis les années 1980, Henrietta Galiana s’intéresse aux mouvements des yeux et de la tête ainsi qu’à leur coordination assurée par le système vestibulaire, situé dans l’oreille interne. Il faut savoir que la plupart des problèmes neurologiques, dont ceux provoqués par une commotion cérébrale, altèrent les réflexes oculomoteurs.

En janvier 2017, Saccade Analytics expérimente d’abord des lunettes mesurant le déplacement des yeux au moment de regarder un écran de plus de trois mètres de large. Puis, dans les mois suivants, un nouveau modèle de lunettes de réalité virtuelle, qui enregistre à la fois les mouvements des yeux et ceux de la tête, fait son apparition sur le marché. Il permet à Saccade Analytics de proposer un produit plus léger et d’évaluer du même souffle une grande variété de mouvements.

« Les enfants l’adorent », affirme Isabelle Gagnon, aussi chercheuse à l’Université McGill. Les jeunes qui lui sont parfois adressés après avoir éprouvé des étourdissements tolèrent mieux la batterie de tests d’une dizaine de minutes réalisée avec les lunettes de réalité virtuelle que la méthode qu’elle employait jusqu’à maintenant. Celle-ci demandait deux fois plus de temps, de secouer la tête plus fréquemment et « pouvait provoquer des symptômes chez les enfants, au point que, parfois, on ne pouvait pas terminer les tests », souligne Mme Gagnon.

Mais c’est surtout après un diagnostic que les données enregistrées par Saccade Analytics prennent toute leur importance, selon Isabel Galiana. « On aide à déterminer des traitements adaptés à l’individu afin qu’il retourne au jeu ou au travail le plus rapidement possible. Pour l’instant, les protocoles de retour après les commotions cérébrales demeurent assez uniformes. » Si, par exemple, l’analyse dévoile que le regard de la personne dévie lorsqu’un point se retrouve dans son champ visuel droit, les exercices de réadaptation pourront cibler cette faiblesse, ce qui évitera d’avancer à tâtons dans un programme ratissant trop large.

Cinq cliniques de physiothérapie ont déjà recours à l’outil au Québec et en Ontario et des discussions se poursuivent avec certaines organisations sportives professionnelles. Au-delà de ces premiers clients, Saccade Analytics nourrit de grandes ambitions : parvenir à diagnostiquer d’autres problèmes de santé, notamment en décelant les signes précoces de maladies neurodégénératives. De quoi provoquer une petite commotion en médecine.

>>> Ce reportage fait partie de notre dossier spécial Des technos qui étonnent et détonnent. Lisez l’histoire des autres entreprises d’ici dont les inventions laissent bouche bée.

Comment ça marche?

1

Le patient soupçonné d’avoir subi une commotion cérébrale ou manifestant des troubles de l’équilibre enfile des lunettes de réalité virtuelle commerciales.

2

En bougeant ou non la tête, selon le test subi, il doit fixer ou suivre des yeux des points qui se déplacent, s’arrêtent ou disparaissent devant lui.

3

Les données sur les réflexes des yeux et de la tête enregistrées durant les tests sont envoyées dans le nuage informatique et des algorithmes analysent les résultats.

4

Un rapport, illustré de graphiques, est envoyé dans les minutes qui suivent au médecin. Celui-ci peut y trouver des indices supplémentaires pour diagnostiquer des troubles neurologiques.

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