Publicité
Technologie

YPC Technologies: un robot qui fait du risotto

15-10-2018

Photo: YPC TECHNOLOGIES

Se jugeant mauvais cuisinier, Gunnar Grass a conçu un robot qui lui préparerait de meilleurs repas. Ensemble, ils s’apprêtent à conquérir les aires de restauration.

Lorsque Gunnar Grass découvre les appareils de cuisine multifonctions, qui peuvent réaliser jusqu’à une douzaine de tâches comme couper, mélanger et cuire des aliments, il trouve une béquille pour compenser ses faibles talents de cuistot. En revanche, il doit rester tout près de ces appareils pour mettre les bons ingrédients au bon moment. « Pourquoi ne pas pousser plus loin l’idée et concevoir un système d’approvisionnement autour de ces instruments ? » s’est demandé cet Allemand d’origine et Montréalais d’adoption qui adore bricoler des gadgets dans ses temps libres. «J’imaginais, depuis le travail, commander à la machine un risotto aux fruits de mer qui serait prêt à mon retour à la maison.»

L’ingénieur du dimanche − il a une formation en finance − met alors au point un bras robotisé contrôlé par ordinateur qui saisit les ingrédients dans des armoires et un réfrigérateur pour les déposer dans un plat commun. « J’ai réalisé que cette technologie fonctionnerait et serait capable de produire des plats de la qualité d’un restaurant », raconte-t-il.

Actuellement, aux États-Unis, des restaurants qui font appel à des robots commencent à ouvrir leurs portes. Mais en 2016, peu d’innovations du genre sont protégées par un brevet. Voilà pourquoi Gunnar Grass ne tarde pas à fonder YPC Technologies (pour Your Personal Chef) et embauche une équipe d’ingénieurs. La jeune compagnie déménage à la Maison Notman, à Montréal, où logent plusieurs entreprises technologiques en démarrage.

À l’été 2017, un prototype fonctionnel, doté d’un bras robotisé industriel à six axes, réussit à concocter une purée de pommes de terre et un filet mignon, mais surtout un risotto au safran. Ce dernier mets nécessitait 10 ingrédients solides, liquides et en poudre, et 6 étapes de préparation.

Un nouvel échelon est atteint en juillet 2018 : après un passage au sein des accélérateurs montréalais Centech, à l’École de technologie supérieure, et FounderFuel, le robot mitonne cinq plats en même temps, dont un poulet massala pas piqué des vers.

La jeune pousse, qui compte aujourd’hui neuf employés, souhaite lancer son produit dans un environnement où il servira de véritables clients, au début de l’année 2019. « On ne veut plus vendre notre solution, mais devenir un restaurant nous-mêmes », explique Gunnar Grass. L’équipe prévoit dans un premier temps exploiter son robot dans des kiosques alimentaires, une sorte de machine distributrice ultrasophistiquée d’environ deux mètres cubes. Le consommateur pourrait observer le chef robot en action derrière une baie vitrée, avant que lui soit servie la commande par une ouverture. Si tout fonctionne comme prévu, YPC Technologies envisage le modèle de la franchise.

Au-delà de ses ambitions d’affaires, Gunnar Grass assure que cette aventure lui apporte surtout « beaucoup de plaisir ». « Que mon entreprise réussisse ou échoue, je n’ai pas de doutes que, dans 30 ans, il y aura des robots cuisiniers et que les restaurants fonctionneront différemment. Lorsque je me souviendrai d’avoir été un pionnier dans le secteur, ce sera cool ! »

Alors, qui veut du risotto à la sauce techno ?

>>> Ce reportage fait partie de notre dossier spécial Des technos qui étonnent et détonnent. Lisez l’histoire des autres entreprises d’ici dont les inventions laissent bouche bée.

Comment ça marche?

1

Le concept comprend trois éléments : un bras robotisé, de 5 à 20 appareils de cuisine multifonctions et un espace de rangement où sont conservés tous les ingrédients dans des boîtes et des bocaux étiquetés d’un code-barres 2D. Le tout est rassemblé dans une grande cellule cubique vitrée.

2

Le bras industriel robotisé se meut dans la cellule grâce à la vision par ordinateur. Il lit les codes-barres et saisit les contenants nécessaires pour les verser au bon moment dans l’un des appareils de cuisine multifonctions, où les ingrédients sont coupés, mélangés, chauffés, etc.

3

Des capteurs situés sur le bras mesurent le poids des aliments, ce qui permet de doser les ingrédients avec une précision de 2,5 g. Pour les éléments dont une infime variante peut avoir une grande incidence sur le goût, tels que les épices et les herbes, l’intelligence artificielle permet d’atteindre plus de précision en fondant ses décisions sur des paramètres comme la grosseur et le type d’ouverture du contenant, la consistance ou la texture de l’ingrédient, ainsi que le niveau d’humidité ou la température de la pièce.

4

L’ensemble des éléments est branché à un système de contrôle qui calcule l’ordre optimal des tâches à effectuer et coordonne tous les mouvements, surtout lors de la préparation simultanée de plusieurs plats.

Publicité

À lire aussi

Technologie

Montréal-Québec haute vitesse!

Départ de la métropole 9h, arrivée dans la Capitale 10h! C'est ce que font miroiter les promoteurs du monorail.
Joël Leblanc 15-02-2013
Technologie

Brite4: des cocktails en libre-service

Quinze secondes. C’est le temps qui s’écoule entre la commande d’un cocktail sur un écran tactile et sa sortie d’une machine distributrice imaginée par Brite4.
Technologie

L’intelligence prête-à-porter

On réussit à confectionner des vêtements tissés de coton et de composantes électroniques, mais leur mise en marché est difficile.
Maxime Bilodeau 28-03-2016