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L'expédition BICOSE 2 à la découverte des fonds océaniques

Par Marine Corniou - 15/01/2018

Image: Ifremer, agrégats de crevettes sur un site hydrothermal

Une nouvelle expédition vise à mieux connaitre les écosystèmes océaniques profonds, en plongeant à plus de 3500 m au milieu de l'Atlantique.

L’obscurité y est totale, la pression colossale. L’océan profond, au-delà de 1000 mètres sous la surface, est le plus grand écosystème de la planète, représentant 80% du volume des océans. Et pourtant, c’est encore une terra incognita. Seuls 5 % des fonds océaniques ont été cartographiés avec précision, même si l'industrie minière commence à les explorer à tout-va.

C’est pour mieux comprendre les étranges écosystèmes abyssaux que la campagne BICOSE 2 (Biodiversité, interactions, connectivité et symbioses en milieux extrêmes) se déroulera du 27 janvier au 11 mars 2018, en plein milieu de l’océan Atlantique, sur la dorsale océanique. Pilotée par l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), l’expédition sera menée à 3600 m de profondeur sur deux sites hydrothermaux actifs - il s'agit du deuxième volet, la première mission ayant eu lieu en 2014.

Une biodiversité unique

Les sources hydrothermales sont des sortes de geysers sous-marins, aussi appelés fumeurs noirs, autour desquels se développe une faune originale. « Il y a des moules, des crabes, des crevettes, des escargots…  La particularité, c’est que la faune ne dépend pas de la photosynthèse mais de la chimiosynthèse, qui est à la base de la chaine alimentaire. Ce sont les microorganismes, à l’intérieur de ces organismes, qui leur fournissent l’énergie », explique Jozée Sarrazin, biologiste à l’Ifremer. À ce jour, plus de 500 espèces ont été identifiées, mais elles ne représentent probablement que la pointe de l’iceberg. « Sur les sites qu’on connait depuis 20 ans, on découvre encore de nouvelles espèces. La proportion d’espèces rares, c’est-à-dire d’espèces présentes en très faible abondance, est supérieure à 50 %. C’est énorme », ajoute la biologiste, soulignant l’importance d’étudier et de préserver ces écosystèmes méconnus.


Image Wikicommons, auteur Savant-fou

Il faut dire qu’ils ne sont pas faciles à étudier. Outre la profondeur, les sources hydrothermales de la dorsale Atlantique se trouvent sur un relief très accidenté, avec des pics de 3000 mètres s’élevant au-dessus de la plaine abyssale située à 5000 mètres de profondeur. Elles forment des cheminées qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de hauteur et « crachent » des fluides hydrothermaux très acides, dont la température avoisine les 350°C. Les éruptions volcaniques dévastatrices ne sont pas rares. Pour les expéditions scientifiques, il est également nécessaire de concevoir des équipements résistants à la pression, qui atteint 360 bars, soit le poids d’un éléphant rapporté à la surface d’un ongle, précise le communiqué de presse de BICOSE 2. Impensable, donc, de ramener les animaux des abysses en surface : ils ne supportent pas nos faibles pressions atmosphériques. « Pour les remonter vivants, il faut donc les prélever dans des chambres sous pression puis les maintenir dans un aquarium pressurisé, qui sera à bord », précise l’Ifremer.

Où sont les larves?

Le sous-marin Nautile réalisera les prélèvements au cours d’une trentaine de plongées. « La grosse question dans l’environnement profond, c’est où sont les larves et comment elles se dispersent, précise Jozée Sarrazin. Récolter ces larves, c’est un challenge en soi. De plus, les observations scientifiques sont souvent effectuées à la même période de l’année, donc on a plein d’interrogations sur les périodes de reproduction, la dispersion des larves… ».

BICOSE 2 s’intéressera notamment à la capacité de dispersion d’une espèce de crevette, Rimicaris exoculata, et de moule, Bathymodiolus puteoserpensis.

Si l’étude des fonds marins s’accélère, c’est parce qu’ils sont riches en minerais qui intéressent l’industrie. Dans un article publié en 2017, Québec Science faisait le point sur ce nouvel eldorado minier, et sur l’impact environnemental potentiel d’une exploitation des ressources abyssales. « On sait que c’est une exploitation qui n’est pas durable : ces massifs hydrothermaux ont des milliers d’années. Il faut faire attention à ce qu’on fait », nous précisait alors Jozée Sarrazin.
 

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