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10 découvertes 2012

[9] Collecte sélective

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE BIOLOGIE MOLÉCULAIRE
Clémence Cireau - 13/12/2012
Longtemps négligés en génétique, les introns, ces bouts d’«ADN poubelle», seraient des atouts essentiels pour l’adaptation et l’évolution des organismes.



Tout a commencé par une boutade. Lors d’un congrès en 2001, Sherif Abou Elela, directeur scientifique du Labo­ra­toire de génomique fonc­­tion­­nel­le de l’Université de Sherbrooke (LGFUS), discute avec un collègue qui raconte ses nombreuses conférences. Son sujet de prédilection? Les introns et l’épissage alternatif.

Sherif l’interrompt: «Les introns? Ça ne sert pas à grand-chose à part l’épissage alternatif.» «Ah bon? rétorque l’autre. Et pourquoi tu dis ça? On ne les a même pas encore bien étudiés.» Le défi était lancé. Sherif Abou Elela décide d’aller y voir de plus près. Dix ans plus tard – qui l’eût cru? – il fait une découverte en voie de bouleverser la biologie moléculaire.

De quoi parle-t-on? Disons que c’est de la biologie d’avant-garde. Les introns ont toujours été considérés comme de l’ADN poubelle. Ce sont des bouts d’ADN en apparence inutiles, disséminés dans les gènes. Lorsque la cellule exprime ces gènes sous forme de protéines, elle élimine de l’information en cours de route, les introns. Par opposition, les fragments utilisés sont appelés exons. Comme si les gènes étaient des ingrédients dans une recettes de cuisine et que le chef, en éliminant quelques-uns, réussissait la recette quand même.

En biologie, ce «nettoyage» se nomme épissage. Depuis longtemps, les biologistes se demandaient pourquoi les gènes avaient conservé ces bouts de recette inutiles. Chez l’homme, 95 % des gènes contiennent des introns qui doivent bien servir à quelque chose.

«Pour le savoir, explique Julie Parenteau, l’associée de recherche qui a mené l’étude au sein de l’équipe de Sherif Abou Elela, nous avons retiré les introns d’une centaine de gènes pour voir comment ils se comportaient dans différentes conditions.» (...)

En conditions normales, les levures «désin­tronisées» ont continué de croître et de se reproduire normalement. «Mais soumises à des stress, poursuit la scientifique, les cellules de levures ont moins bien réagi et ont eu des difficultés à prospérer.» Les chercheurs ont exposé les levures à différentes situations: ils les ont affamées, gavées de caféine, de sel, d’antibiotiques, etc. Les levures ont réagi au plus profond de leur bagage génétique et c’est à ce moment qu’on a pu constater que les introns servaient à réguler l’expression de certains gènes.



Illustration : Katy Lemay

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