Crânes néandertalien (premier plan) et d’H. sapiens (arrière-plan). Photo: Shutterstock
Selon deux études portant sur de l’ADN ancien, Néandertal et Homo sapiens se sont métissés pendant quelques milliers d’années, il y a environ 47 000 ans.
C’est connu : un groupe d’Homo sapiens qui a quitté l’Afrique il y a entre 50 000 et 70 000 ans s’est métissé avec des clans néandertaliens déjà installés en Europe. À preuve, le génome des populations non africaines actuelles contient encore jusqu’à 2 % d’ADN néandertalien. Mais quand exactement ces rencontres ont-elles eu lieu ? Des études menées par deux équipes internationales, publiées en décembre 2024 dans Nature et dans Science, apportent chacune de leur côté la même réponse : il y a environ 47 000 ans.
Pour établir cette date, les équipes ont utilisé le même type d’analyse d’ADN, mais avec des sources différentes d’ADN d’H. sapiens. Dans Nature, les scientifiques ont dévoilé la plus vieille séquence d’ADN jamais obtenue pour des ossements d’H. sapiens. Vieux de 45 000 ans, ils appartenaient à six individus retrouvés dans une grotte en Allemagne, et à un autre recouvré dans une grotte en Tchéquie. Dans Science, l’équipe a analysé l’ADN de 59 fossiles de sapiens ayant vécu entre 45 000 et 2200 ans avant aujourd’hui, ainsi que celui de 275 individus actuels.
Dans chaque génome sapiens examiné, les équipes ont d’abord cherché des sections d’ADN néandertalien. Puis, elles ont estimé le nombre de générations qu’il a fallu pour que les chromosomes néandertaliens originels se fragmentent ainsi au sein de ce génome sapiens. C’était calculable, car les fragments d’ADN néandertalien se morcèlent davantage à chaque génération. Enfin, les scientifiques ont additionné la durée correspondant à ce nombre de générations à l’âge du fossile ou de l’échantillon pour obtenir la date du métissage.
« C’est sûr que l’hybridation ne s’est pas faite en une nuit ! » lance Hélène Rougier, paléoanthropologue à l’Université d’État de Californie à Northridge, et signataire de l’étude de Nature. En fait, les groupes néandertaliens et ceux d’H. sapiens se seraient métissés au cours d’une période s’étendant jusqu’à 7000 ans, mais ancrée autour de -47 000 ans. Selon la chercheuse, la période du métissage aurait même pu être plus courte, environ 1500 ans.
Néandertal et H. sapiens ont-ils eu des relations à long terme ou des histoires d’un soir, consenties ou non ? On ne le saura fort probablement jamais.
Ces études révèlent aussi que les populations non africaines actuelles descendent de ce groupe d’H. sapiens hybridés il y a environ 47 000 ans. Il s’est donc métissé avant sa dispersion en Eurasie, probablement au Proche-Orient. Autres conclusions : les ancêtres de ce groupe auraient quitté l’Afrique il y a environ 50 000 ans.
La sélection naturelle en action
D’après l’examen d’ADN de fossiles sapiens âgés d’au moins 40 000 ans et retrouvés d’un bout à l’autre de l’Europe, de grands pans d’ADN néandertalien ont été rapidement éliminés du génome sapiens peu après le métissage, tandis que d’autres se sont rapidement propagés. Les gènes disparus ont dû nuire aux chances de survie de leurs nouveaux propriétaires, tandis que les bénéficiaires de l’ADN conservé « ont hérité de gènes néandertaliens qui leur ont vraisemblablement permis de s’adapter à leur [nouvel] environnement et de s’y épanouir », note dans un communiqué Leonardo Iasi, paléogénéticien à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive, à Leipzig, en Allemagne, et cosignataire de l’article de Science.
Parmi les gènes retenus, certains jouent un rôle dans le système immunitaire ou le métabolisme. Bref, H. sapiens a profité des millénaires d’adaptation de Néandertal à l’environnement européen, notamment à un climat plus froid qu’en Afrique. Merci, Néandertal !