Un enfant infecté par le virus de la rougeole (Morbillivirus hominis). La joue de l’enfant montre une éruption cutanée caractéristique de l’infection virale. Photo: Tatiana Lanzieri, MD, MPH
Les bébés et les jeunes enfants sont les premières victimes de la rougeole. Voici ce qu’il faut savoir sur cette maladie hautement contagieuse.
Qu’est-ce que la rougeole?
C’est une maladie hautement contagieuse transmise par voie aérienne (toux, éternuement, gouttelettes de salive en suspension dans l’air) et causée par un virus de la famille des Paramyxoviridae. Le taux de reproduction du virus, communément appelé le R0, est évalué entre 12 et 16.
Cela signifie qu’une seule personne infectée en contamine plus d’une dizaine d’autres en moyenne. Une personne non vaccinée contre la rougeole ou n’ayant jamais été exposée au virus a 90% de risques d’attraper la maladie au contact d’une personne malade.
Le virus peut aussi rester en suspension dans l’air pendant une période de deux heures et demeurer virulent. Il est donc possible de contracter la rougeole simplement en entrant dans un endroit fréquenté par une personne malade, même si celle-ci n’y est plus.
Quels sont les symptômes?
Les symptômes au début de la maladie ressemblent beaucoup à ceux d’autres maladies respiratoires, c’est-à-dire fièvre, nez qui coule, yeux rouges et toux. On peut donc attraper la rougeole et la transmettre à d’autres sans même savoir que c’est la rougeole qui nous rend malade. Au bout de 7 à 18 jours après le début de l’infection, une éruption cutanée caractéristique (rougeurs) survient sur le visage et sur le reste du corps.
Les éclosions de rougeole sont difficiles à maîtriser parce que les premiers symptômes passent souvent inaperçus, alors que la transmission du virus est déjà en cours. C’est pourquoi les autorités sanitaires soulignent l’importance d’augmenter au maximum la couverture vaccinale afin de miser sur l’immunité collective. Lorsqu’un cas survient dans une population suffisamment protégée, la chaîne de transmission est interrompue.
La rougeole peut causer des complications graves. Quelles sont-elles?
La rougeole peut entraîner de sévères complications : otite moyenne aiguë, pneumonie, encéphalite (inflammation du cerveau).
L’Organisation mondiale de la santé estime à « 95 000 le nombre de décès dus à la rougeole dans le monde en 2024, principalement chez les enfants de moins de cinq ans non vaccinés ou sous-vaccinés. »
Les bébés et les enfants sont les premières victimes. La Dre Caroline Quach-Thanh indiquait dans une précédente entrevue avec Québec Science « qu’ils ont plus de risques d’être hospitalisés avec des complications. Par exemple, on estime que 1 cas sur 10 développera une pneumonie, 1 cas sur 1 000 une encéphalite, 1 cas sur 1 000 une encéphalomyélite aiguë disséminée [une atteinte du système nerveux central] et 1 cas sur 3 000 en mourra. »
La panencéphalite subaiguë sclérosante, une complication sévère, peut se déclarer de quelques mois après l’infection à jusqu’à 20 ans après. L’infection provoque alors une inflammation du cerveau, menant à une encéphalite qui évolue inexorablement vers le décès. La rougeole peut également provoquer une amnésie immunitaire, c’est-à-dire que le système immunitaire est affaibli et perd sa capacité à combattre d’autres virus qu’il avait pourtant appris à contrer jusqu’ici.

Virus de la rougeole en 3D. Illustration: CDC/Alissa Eckert
Si l’on a identifié en 1954 le virus qui cause la rougeole, la maladie, quant à elle, est connue depuis des siècles. En effet, elle aurait été décrite dès le 9e siècle et se serait disséminée à grande échelle au 16e siècle.
Que faire si l’on a été en contact avec un malade? Comment traiter la rougeole?
La rougeole est une maladie virale habituellement rare, pour laquelle on dénombre entre 0 et 4 cas par année au Québec, selon le site de la Santé publique de Montréal (à l’exception de certaines années avec des éclosions). Cependant, les cas sont en hausse depuis 2024, d’où les messages de la santé publique à ce sujet.
Lors d’une épidémie, les autorités sanitaires publient une liste d’établissements (écoles, hôpitaux, garderies, stations de métro…) où les personnes testant positif à la rougeole auraient circulé. Ceux et celles ayant visité ces lieux, aux mêmes heures, pourraient avoir été exposés au virus.
Mis à part le vaccin RRO à titre préventif et dont l’efficacité est de 85 à 95 % après la 1re dose et de plus de 95 % après la 2e dose, il n’existe pas de traitement. On traite les complications résultant de la maladie, qui sont souvent des surinfections bactériennes.
Le Canada n’a plus le statut de pays exempt de rougeole. Pourquoi?
À la mi-novembre, l’Agence de la santé publique du Canada a annoncé qu’une épidémie de rougeole persistait depuis plus de 12 mois à l’échelle du pays (voir les statistiques sur le site du gouvernement), entraînant la perte du statut du Canada comme pays ayant éliminé la rougeole. La maladie était pourtant éradiquée du territoire canadien depuis 1998.
D’autres pays que le Canada sont aux prises avec la rougeole. Selon l’Organisation panaméricaine de la santé, plusieurs flambées sont actives sur l’ensemble du continent américain (Canada, Mexique, États-Unis, Brésil, Paraguay…). La maladie touche surtout les communautés insuffisamment vaccinées. « 89 % des cas concernent des personnes non vaccinées ou dont le statut vaccinal est inconnu. Les enfants de moins d’un an sont les plus touchés, suivis de ceux âgés de 1 à 4 ans », lit-on.
Quelles sont les personnes les plus vulnérables face à la maladie?
- Les bébés et les enfants qui n’ont pas encore reçu le vaccin RRO (vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons). Selon le calendrier vaccinal, la première dose du vaccin RRO est administrée aux enfants à l’âge de 1 an; la deuxième à 18 mois.
- Les personnes ayant un système immunitaire affaibli.
- Les femmes enceintes non vaccinées.
- Les personnes qui ne sont pas correctement vaccinées contre la maladie.
- Les personnes non vaccinées et nées après 1970. Celles qui sont nées au Québec avant 1970 et ayant grandi au Québec ont, en général, déjà eu la rougeole et sont possiblement protégées.
Les personnes vaccinées sont bien protégées contre la rougeole
Une personne pleinement vaccinée, c’est-à-dire ayant reçu les deux doses, est protégée tout le long de sa vie.
Le vaccin est offert gratuitement partout au Canada, même aux personnes qui n’ont pas de carte d’assurance-maladie.