Photo : Blanche Photographe
Voici de quoi se divertir tout en apprenant!
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Le climat, sens dessus dessous
Les rénovations (qui achèvent !) sont toujours en cours, mais la Biosphère demeure ouverte au public et ça vaut la peine de traverser l’île Sainte-Hélène pour voir la très chouette et très d’actualité exposition Émolab. L’écoanxiété, ça vous parle ? Alors que 8 jeunes sur 10 disent voir leur santé mentale affectée par les bouleversements climatiques, l’exposition offre une porte d’entrée pour mieux comprendre et accueillir toute la gamme d’émotions liées à la crise ambiante. Elle explore les biais cognitifs, les stratégies d’adaptation, la résilience, l’engagement… ainsi que les conséquences du surengagement. Prenez le temps de vous déposer dans le petit salon à la fin de l’expo, où vous attendent des livres soigneusement choisis et des ressources utiles pour poursuivre la réflexion. Pensée pour les ados, Émolab sait également s’adresser aux adultes et aux plus jeunes en quête de réconfort et de discussions nécessaires.
Émolab, à la Biosphère de Montréal. espacepourlavie.ca
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Photo: Les Films du 3 mars
Plus loin, trop loin ?
L’exploration spatiale continue de fasciner, qu’il s’agisse de conquérir Mars ou d’exploiter les ressources de la Lune. Cette course vers le cosmos a toutefois un coût environnemental et humain, comme le montre avec force le réalisateur Julien Élie dans son documentaire Shifting Baselines. Le film nous entraîne à Boca Chica, au Texas, où SpaceX a installé ses infrastructures. Derrière l’enthousiasme suscité par le lancement des fusées s’entrecroisent les voix des résidents, des écologistes et des pêcheurs, qui témoignent des conséquences directes de ces activités sur leur qualité de vie et sur les écosystèmes fragilisés. Pollution lumineuse et terrestre et ruée technologique sans garde-fous menée au nom du progrès sont autant de thèmes abordés avec justesse dans ce film dont les qualités esthétiques amplifient la portée. À l’image des lancements de SpaceX sur les milieux naturels avoisinants, ce film laisse une empreinte durable dans les esprits.
Shifting Baselines, par Julien Élie, distribué par Les Films du 3 mars, 100 minutes, 2025. Pour connaître les projections, on se rend sur le site f3m.ca/film/shifting-baselines. Le documentaire sera également à l’affiche du festival gaspésien Vues sur mer, qui se déroule du 9 au 12 avril. vuessurmer.com
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Si fragile
Et si la fragilité n’était pas un défaut de notre espèce, mais plutôt sa plus grande force ? Contrastant avec le stéréotype selon lequel la loi du plus fort garantirait la survie, cette hypothèse audacieuse et controversée est celle que défend l’anthropologue Samuel Veissière dans son essai Homo fragilis : aux origines évolutives de la fragilité humaine. Qu’on adhère ou non à son propos, l’auteur adopte une posture intellectuelle riche, capable d’alimenter de vives conversations.
C’est justement au fil de discussions sur la montée des revendications de la fragilité – anxiété, traumatismes, troubles de santé mentale – en classe et avec ses collègues que l’idée est venue au professeur associé au Département de psychologie de l’UQAM et au Département d’anthropologie de McGill de s’intéresser au phénomène à l’échelle évolutive. « Au fil de mes lectures, j’ai découvert des travaux d’anthropologie évolutive qui soulignaient le rôle central du soin dans l’évolution de l’espèce, notamment les soins prodigués aux bébés, qui sont très vulnérables », explique-t-il en entrevue.
Selon sa théorie, la fragilité serait d’abord biologique. Rappelons que l’être humain naît inachevé et donc complètement dépendant des autres. Cette immaturité aurait ainsi forcé l’espèce à créer une sorte de berceau social pour prodiguer des soins aux plus faibles. Les femmes, comme les grands-mères et les tantes, auraient eu des rôles essentiels à la survie en contribuant à l’alimentation et à la transmission de savoirs, par exemple. À l’instar des bébés qui crient pour survivre, écrit-il dans son essai, aujourd’hui, les adultes réclament des soins et de l’attention à la société.
L’auteur avance qu’une rupture survenue au cours des 150 dernières années aurait conduit à l’érosion de cette transmission intergénérationnelle et, par conséquent, à une perte de repères collectifs. « On a une culture d’une très grande solitude, où les seules sources de vérité et de bien-être moral viennent des besoins individuels », soutient le spécialiste de l’évolution culturelle. Il postule que le phénomène serait exacerbé par les médias modernes et les réseaux sociaux, qui amplifient les dérives de la fragilité en isolant les individus et en érodant la confiance collective envers les traditions, les proches et les hiérarchies préétablies tout en saturant l’espace de discours anxiogènes.
Bien que la seconde partie du livre dépeigne une société en crise et que le diagnostic qu’Homo fragilis pose sur la modernité soit plutôt sombre, Samuel Veissière se défend bien d’être pessimiste et se voit davantage comme une « lumière critique ». Il perçoit des mécanismes d’« homéostasie sociale » à travers la récente montée du populisme, du néoconservatisme et du néonationalisme, « un autre type de fragilité qui contient quand même le risque de certaines dérives ». « On assiste à un certain retour du balancier, observe-t-il. L’histoire tranchera. »
Homo fragilis : aux origines évolutives de la fragilité humaine, par Samuel Veissière, éditions Somme toute, 384 p.

Les yeux au ciel
Assister à la naissance d’un nuage, n’est-ce pas une façon poétique de rester ancré dans l’instant présent, par les temps qui courent ? C’est l’invitation du fondateur de la Cloud Appreciation Society, Gavin Pretor-Pinney, avec son livre Dans les nuages. À la croisée entre le guide d’identification et le beau livre, l’ouvrage explore la formation de ces géants mouvants du ciel et leur nomenclature, sous les traits rêveurs et vaporeux de l’illustrateur William Grill. L’auteur explique, avec une sensibilité doublée de rigueur, la formation de la grêle ou encore celle des nuages créés par l’activité humaine – vous savez, les traînées de condensation derrière les avions ? –, tout en initiant le public à l’infinie palette des jeux de lumière atmosphériques. Offert d’abord « de moi à moi avec beaucoup d’amour », avant que je découvre qu’il s’adressait aux plus jeunes (hihi !), le livre rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour trouver, dans la contemplation du ciel, un refuge doux comme un câlin moelleux.
Dans les nuages, Gavin Pretor-Pinney et William Grill, chez Chêne, 96 p.

Promenons-nous dans les bois
Après avoir passé des fins de semaine dans l’espace et l’océan, une bande de copains renoue avec Le super week-end des forêts, une invitation ludique à l’écosystème forestier. Castor, Orni et Rat rejoignent leur amie Renarde pour observer la vie qui fourmille autour d’eux, tout en expliquant avec clarté les phénomènes de la nature. Dans cette bande dessinée éducative, Gaëlle Alméras aborde la photosynthèse, la fécondation des conifères, l’importance des forêts primaires et leur rôle essentiel sur la biodiversité. Elle glisse aussi de précieux conseils pour observer les animaux sans se faire repérer et pour cultiver son sens de l’observation grâce aux fiches sur la faune et la flore. À noter : l’ouvrage vient de France et certaines espèces évoquées ne se retrouvent pas ici (quoique si un rouge-gorge a pu visiter Montréal, on n’est pas à l’abri des surprises !). Pour le reste, développer sa curiosité en soulevant les roches mouillées et en enfilant ses bottes pour découvrir les trésors que la forêt nous réserve est une invitation universelle !
Le super week-end des forêts, par Gaëlle Alméras, Maison Georges, 180 p.

Un cerveau fort
Les maladies neurocognitives sont plus prévalentes de nos jours avec le vieillissement de la population. Si elles ne sont pas toujours évitables, il y a plusieurs façons de les prévenir, ou, du moins, de limiter les risques. Avec Matière grise, la neuroscientifique Michela Matteoli propose un essai fort bien ficelé pour s’extasier devant l’incroyable plasticité du cerveau, organe capable de se réparer par lui-même. La première partie de l’ouvrage offre un cours de neurobiologie en accéléré : elle familiarise le lectorat averti avec les conséquences du stress oxydatif et de l’inflammation tout en présentant les récentes avancées en matière de maladies d’Alzheimer et de Parkinson. La seconde partie détaille quant à elle les stratégies pour aider notre cerveau à vieillir en santé, en sensibilisant les lecteurs et les lectrices, entre autres, à l’importance de bien s’alimenter, de bien dormir et de se calmer le pompon, tout ça avec des arguments assez convaincants, merci.
Matière grise : entre vieillissement cognitif et stratégies de résilience, par Michela Matteoli, éditions MultiMondes, 144 p.