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Edito

George Clooney à la défense de Darwin

03-01-2019

Photo: WIkimedia Commons

Les célébrités devraient-elles mettre leur pouvoir d’influence au service de la culture scientifique ?

La tactique est bien connue : pour promouvoir un produit ou une cause, enrôlez une vedette. Cette stratégie de marketing éprouvée s’appliquerait même à la théorie de l’évolution, selon une recherche de l’Université de Nipissing, en Ontario.

Au cours d’une série d’expérimentations, les auteurs ont montré que les participants adhéraient davantage à la sélection naturelle des espèces après avoir lu un texte fictif dans lequel l’acteur George Clooney disait y souscrire et ce, peu importe leur âge ou leur croyance religieuse. À l’inverse, leur opinion était peu influencée par des propos similaires attribués à un biologiste réputé. Autrement dit, l’expertise ne fait pas le poids devant le vedettariat.

Les chercheurs concluent ainsi que les célébrités pourraient jouer un rôle non négligeable dans le renforcement de la culture scientifique, surtout à une époque polarisée où la science est instrumentalisée à des fins partisanes.

Permettez-moi toutefois de douter de l’effet à long terme du procédé. S’il est vrai que la culture scientifique a besoin d’un sérieux coup de pouce (un sondage Léger, réalisé en 2016, rapportait que 43 % des Canadiens estiment que la science est une opinion et 33 % se considèrent comme incompétents en science), le recours à un porte-parole hyper populaire ne peut suffire à renverser la tendance.

Au mieux, il s’agit d’un coup d’éclat aux retombées éphémères, car il y a fort à parier que les volontaires de l’étude se rappellent davantage le charismatique George Clooney que la théorie de l’évolution. « Les célébrités doivent faire preuve de prudence en matière de campagne de soutien, car elles risquent de devenir l’histoire au détriment de la campagne », écrivait justement Geof Rayner, un chercheur londonien, dans un commentaire publié en 2012 dans le British Medical Journal au sujet de leur participation à des messages de santé publique.

Le meilleur, le pire

Par ailleurs, quand il est question de science, les vedettes sont capables du meilleur comme du pire. Au bout du spectre, on trouve Gwyneth Paltrow. L’actrice reconvertie en gourou du bien-être s’enfonce dans la pseudoscience depuis plusieurs années, entraînant possiblement avec elle des milliers d’admirateurs.

Malgré leurs bonnes intentions, d’autres célébrités ont provoqué des remous inattendus. En 2013, Angelina Jolie a révélé qu’elle avait subi une double mastectomie après avoir découvert qu’elle était porteuse de la mutation du gène BRCA. Si des chercheurs ont observé que cette sortie avait poussé des femmes à s’informer davantage sur les tests génétiques, d’autres ont signalé que la compréhension de ces examens ne s’était pas franchement améliorée. Pis, plusieurs femmes se seraient soumises à ces tests inutilement.

Chez nous, les nombreux artistes qui ont signé le « Pacte pour la transition » énergétique ont suscité autant d’applaudissements que de grincements de dents. Des critiques ont pointé le manque de cohérence, voire d’authenticité, de certaines vedettes qui se sont engagées à réduire leur empreinte écologique tout en étant les têtes d’affiche de publicités de voitures.

Au lieu de miser sur une célébrité pour faire la promotion de la culture scientifique, peut-être vaudrait-il mieux s’attaquer à ceux qui détournent la science pour semer la méfiance et la discorde, comme l’ont fait des trolls russes en disséminant des messages antivaccins sur Twitter?

Un article publié en octobre dernier dans Proceedings of the National Academy of Sciences affirme que le principal obstacle à une meilleure diffusion de la science est « la disponibilité immédiate d’informations trompeuses et biaisées dans les médias, souvent insérées délibérément par des acteurs sans scrupules aux intentions non avouées ». Bien qu’on perçoive entre les lignes leur découragement devant l’immensité de la tâche, les auteurs suggèrent de mettre en place un vaste réseau qui surveillerait les médias sociaux pour anticiper et contrecarrer ces opérations de désinformation.

Bref, pour le moment, le meilleur rôle que George Clooney puisse jouer reste au cinéma.

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