La Chine est en passe de devenir la première puissance en matière de science, de technologie et d’innovation. Voilà qui redessine le paysage de la recherche mondiale et nous force à nous ouvrir l’esprit.
Quand la Chine se fixe un objectif, elle se donne en général les moyens de l’atteindre. L’essor actuel de la recherche dans ce pays en témoigne : d’ici 2 à 3 ans, il deviendra la première puissance scientifique mondiale, damant le pion aux États-Unis. Pour une nation qui a longtemps été considérée comme imitatrice plutôt qu’innovatrice, la revanche est explosive !
Cette remontée fulgurante, dont plusieurs pays occidentaux n’avaient pas anticipé l’ampleur, était pourtant prévisible. Depuis une dizaine d’années, le gouvernement chinois augmente de 10 % par an ses investissements dans la recherche et le développement, quand les États-Unis s’en tiennent à environ 3 %, selon l’OCDE (au Canada, ça baisse…).
La Chine est désormais à la pointe de la recherche dans 90 % des technologies considérées comme cruciales – intelligence artificielle, énergie nucléaire, satellites, défense… C’est ce qui ressort de l’analyse de l’Australian Strategic Policy Institute, dont la revue Nature a diffusé les résultats il y a quelques mois. Il y a 20 ans, les États-Unis dominaient la quasi-totalité de ces champs (et de loin !).
Cette effervescence dépasse les frontières : la science produite dans les laboratoires chinois est largement diffusée, le pays étant désormais le plus prolifique au monde sur le plan des publications scientifiques. Ainsi, dans la base de données Web of Science, en 2024, on recensait 878 300 articles signés par des équipes chinoises, contre seulement 26 200 en 2000.
La qualité de ces travaux a longtemps été décriée, car les universités proposaient des incitatifs financiers pour pousser leurs ouailles à publier massivement, parfois dans des revues obscures ou en fermant les yeux sur le plagiat. Mais la critique ne tient plus : le pays noircit désormais les pages des plus grandes revues scientifiques internationales, comme Nature, Science et Cell. Il contribue plus que les États-Unis aux publications les plus citées (le 1 % des articles considérés comme les plus influents sur la scène scientifique mondiale). Autrement dit, la qualité est au rendez-vous !
Autre cliché qui tombe : même si les équipes chinoises ont tendance à beaucoup s’appuyer sur les recherches de leurs compatriotes et à les citer dans leurs travaux, elles sont aussi actives dans les collaborations internationales. Ainsi, environ 20 % de leurs articles sont cosignés avec des collègues d’universités étrangères.
Le pays se démarque plus que tout en sciences appliquées : ingénierie et électronique, science des matériaux, physique et chimie. Pour continuer avec les chiffres étourdissants, la Chine est désormais à l’origine de plus de 40 % des nouveaux composés chimiques décrits dans la littérature scientifique !
Cela dit, elle galope aussi pour rattraper son retard en exploration spatiale et en astronomie, domaines desquels elle a longtemps été absente. Elle pourrait d’ailleurs gagner la course à la Lune, puisque Beijing s’est engagé à ce qu’un équipage chinois alunisse d’ici 2030. Si le programme Artemis de la NASA continue à subir des retards, les taïkonautes pourraient bien arriver en premier…
Côté équipement, le pays s’est aussi doté d’un immense radiotélescope de 500 mètres de diamètre, nommé FAST, dont les observations ont permis de doubler en un an le nombre de pulsars connus. Et il se prépare à construire ce qui sera le plus gros télescope optique dans l’hémisphère Nord, le Large Optical Telescope. Vous remarquerez qu’il ne figure pas dans notre liste des futurs grands télescopes recensés ici. Et pour cause : ce projet est gardé secret par le gouvernement de Xi Jinping et très peu d’information a filtré.
C’est un paradoxe flagrant : dans les pages de Québec Science comme dans celles de nombreux médias d’actualité scientifique, la domination scientifique de la Chine passe sous le radar. Certes, notre mission première est de mettre en valeur la science d’ici, mais on discute aussi beaucoup avec des scientifiques d’Europe, des États-Unis, et de partout dans le monde.
Par habitude ou par négligence, nous avons moins tendance à rapporter les découvertes chinoises que les autres découvertes internationales. D’expérience, on sait qu’il est plus difficile de communiquer avec les équipes, d’abord en raison de la barrière de la langue, mais aussi parce que les scientifiques sont notoirement plus réticents qu’ailleurs à répondre directement aux médias. Toutefois, pour brosser avec justesse le tableau de la recherche scientifique mondiale, nous devrons tourner notre regard vers l’Orient.