Selon l’hypothèse de la simulation, la réalité serait en fait une vaste illusion : tout (nous y compris!) ferait partie d’un programme informatique contrôlé par une force externe. Voilà qui rejoint en fait les grandes questions philosophiques sur l’origine de la vie.
Vivons-nous dans la matrice ? Sommes-nous des avatars de jeux vidéo contrôlés par on ne sait quelle civilisation supérieure ? Il y a quelques semaines, des physiciens de l’Université de la Colombie-Britannique se sont penchés sur cette question et y ont répondu par la négative, dans une étude très sérieuse publiée dans le Journal of Holography Applications in Physics.
Le quatuor de chercheurs a utilisé des théorèmes mathématiques pour soutenir qu’une description cohérente du monde ne peut pas reposer uniquement sur des algorithmes, qui suivent une succession d’étapes logiques… Bref, que notre univers est trop complexe pour être une simulation informatique. Passons les détails de leur raisonnement, difficile à comprendre et à vulgariser ici… Ce qui est surprenant, c’est que cette « hypothèse de la simulation », qui a tout l’air d’une vulgaire théorie du complot, soit un vrai sujet de recherche – et de débat.
L’idée est aussi saugrenue que ce que son nom laisse entendre : ce que l’on perçoit comme le monde réel serait en réalité un programme informatique, au sein duquel nous serions des sortes de « Sims », des personnages à la merci d’algorithmes incroyablement puissants.
Des dizaines de scientifiques et de philosophes se sont interrogés sur la nature de la réalité au fil des siècles, à commencer par Platon avec son allégorie de la caverne. Dans cette scène, des prisonniers vivent enchaînés dans une caverne depuis leur naissance. Ils tournent le dos à l’extérieur et ne voient que des ombres d’objets et d’humains projetées sur le mur. Si bien que les ombres sont la seule réalité qu’ils connaissent… et qu’ils sont persuadés que rien d’autre n’existe. René Descartes, lui aussi, s’est interrogé sur l’illusion et sur nos perceptions sensorielles potentiellement trompeuses.
En 2003, le philosophe Nick Bostrom, de l’Université d’Oxford, apporte une tournure plus scientifique au débat, à coups de probabilités mathématiques. Il explique dans un article fondateur qu’il est très probable qu’une civilisation avancée parvienne à produire des simulations humaines réalistes et dotées d’une conscience. Et que si cette civilisation peut le faire, il y a de grandes chances qu’elle le fasse. En bref, il ne prouve rien, mais il conclut que c’est statistiquement crédible.
Depuis, les publications se succèdent, certaines affirmant que c’est impossible (comme celle des Canadiens ci-haut) et d’autres que c’est probable. Dans un article de 2025, le physicien américain Melvin Vopson, grand partisan de la théorie, amène le concept une coche plus loin. Selon lui, la gravité, cette force fondamentale de la nature, serait en fait une manifestation de la « compression de l’information » liée au programme qui régit le monde. En compactant la matière, la gravité serait en fait une façon de réduire le volume d’informations dans lequel nous évoluons. « Les ordinateurs compressent et restructurent leurs données constamment pour libérer de la mémoire et de la puissance de calcul. Il se passe peut-être la même chose dans l’Univers », avance-t-il dans le webzine de vulgarisation The Conversation.
Le hic, c’est que si nous vivons dans une sorte de dôme artificiel, comme les protagonistes du Truman Show, on ne pourra jamais le prouver. Car tous nos arguments, toutes nos tentatives de démonstrations expérimentales ou théoriques feront par essence eux aussi partie de la simulation. Et donc ne tiendront jamais la route. Dans ce cas, à quoi bon s’arracher les cheveux, arguent certains scientifiques ?
Par ailleurs, ce postulat ouvre une sacrée boîte de Pandore… À quoi peut bien ressembler la forme de vie plus intelligente que nous, capable de créer un tel univers ? Et d’où vient cette forme de vie ? Comment est-elle apparue ? Voilà qui nous ramène plus ou moins au grand mystère des origines, que l’on explore dans ce numéro. Il n’y est pas question de la théorie de la simulation, mais on pose tout de même de grandes questions philosophiques : qu’est-ce que la vie ? Comment peut-elle émerger du « non vivant » ? Peut-on la créer artificiellement ?
On fait peut-être fausse route, mais à défaut de prouver que l’on vit dans une modélisation, autant tenter de modéliser la vie telle qu’on la connaît. C’est ce que font les scientifiques : ils la décortiquent, ils la traquent dans les roches anciennes, tentent de la faire naître en laboratoire… Il y a encore du pain sur la planche, mais le voile se lève petit à petit.
Et, s’il advient que nous sommes bel et bien dans une simulation, ce travail acharné aura le mérite d’être divertissant pour les extraterrestres ou les superhumains qui nous contrôlent.