Publicité
Edito

La liste de mes envies

23-08-2018

Illustration: Pixabay

Je rêve d’un parti politique qui me parle de science avec ferveur et conviction.

Au cours des prochaines semaines, la campagne électorale battra son plein. Il y a fort à parier que les candidats farciront les oreilles des électeurs avec des sujets qu’ils estiment porteurs : l’économie, l’immigration, les enjeux identitaires, la santé. Nul besoin d’une boule de cristal pour prédire que ces questions, bien qu’elles soient importantes, ne feront pas le poids (médiatique) face aux coups bas et aux déclarations à saveur populiste. On noiera dans tout ce bruit des sujets primordiaux pour notre avenir, tels que l’éducation, l’environnement, le climat et – vous me voyez venir – la science. Celle-ci devrait pourtant être une priorité pour nos politiciens, puisqu’elle sous-tend toutes les facettes de notre vie quotidienne.

Voilà pourquoi je rêve d’un parti politique qui osera faire de la science la pierre angulaire de son programme. Et voici une courte liste d’engagements que j’aimerais y voir.

Financer adéquatement la recherche fondamentale

Bien que le Québec fasse beaucoup mieux que la plupart des provinces canadiennes en matière de dépenses publiques pour la recherche et le développement, les sommes investies se sont néanmoins érodées depuis le début des années 2000, indiquent des données récentes du Conference Board of Canada. C’est une bien mauvaise nouvelle, car, pendant ce temps, des puissances scientifiques émergentes renflouent les coffres de leurs laboratoires, notamment pour accélérer la recherche fondamentale, perçue comme une source d’innovations qui se traduiront en gains économiques. C’est le cas de la Chine, de l’Inde et de la Corée du Sud. Même le président russe Vladimir Poutine a promis que la science redeviendrait une priorité pour son gouvernement. Afin de demeurer compétitif dans l’économie du savoir, investir en recherche est une nécessité absolue.

Soutenir la culture scientifique

On ne le répétera jamais assez : une solide culture scientifique fait de nous des citoyens plus éclairés. En effet, mieux comprendre les tenants et les aboutissants des questions de science et de technologie nous permet de prendre de meilleures décisions individuelles et collectives. Bref, notre démocratie s’en sort grandie. Mais, pour cela, encore faut-il soutenir décemment les organismes de culture scientifique dont les moyens demeurent très limités. En 2014, la journaliste Valérie Borde avait eu cette idée à la fois simple et efficace pour remédier à la situation : créer un Fonds pour la culture scientifique, financé par les Québécois (à raison de 50 ¢ en moyenne par année, selon le revenu de chacun) et par les entreprises de plus de 100 employés. On remet cette idée sur la table ?

Élaborer des politiques publiques fondées sur des données probantes

Nombre de décisions gouvernementales sont malheureusement influencées par la partisanerie et les efforts des lobbyistes, ou encore laminées par une compréhension lacunaire des enjeux scientifiques. Or, il existe quantité de données qui permettraient aux élus de pondre des politiques publiques plus rigoureuses et, au final, de ne pas gouverner dans l’ignorance.

Maintenir le poste de scientifique en chef

Dans le monde, on ne compte qu’une dizaine de scientifiques en chef. Le Québec a la chance d’en avoir un. Leur rôle n’a rien de décoratif; ils sont en quelque sorte les chiens de garde de l’avancement des connaissances. Mais certains décideurs, motivés par des idéologies conservatrices, ne le voient pas toujours ainsi. En 2008, le gouvernement Harper a aboli ce poste au niveau fédéral. Plus récemment, le nouveau premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a congédié sans plus de cérémonie la scientifique en chef de la province, sans confirmer officiellement son remplacement. Comme quoi on ne peut jamais considérer ce poste pour acquis.

Et vous, chers lecteurs, qu’en pensez-vous ? Aimeriez-vous que nos politiciens accordent davantage d’importance à la science ?

Publicité

À lire aussi

Edito

À elles, la science!

L’égalité des genres en science est possible et nécessaire. Et notre magazine doit y contribuer.
Edito

Le visage de la bêtise

La reconnaissance faciale devrait opérer de façon neutre. Or, elle perpétue nos préjugés.
Edito

Le niqab et les valises

Trop long, 78 jours de campagne électorale fédérale? Et si, au contraire, cela avait été un laps de temps correct pour permettre aux politiciens de débattre d’un maximum de sujets et aux électeurs de bien faire leur choix?
Raymond Lemieux 19-10-2015