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Edito

Lac-Mégantic: Pitié pour la Chaudière

29-09-2013

Elle prend sa source dans le lac Mégantic, puis traverse sur 180 km l’une des plus belles régions du Québec. Gravement meurtrie, elle doit d’urgence être sauvée.

Russell Gilbert connaît bien les sautes d’humeur de la rivière Chaudière. Il est intarissable lorsqu’il en parle. Les crues spectaculaires, les inondations… Entre deux phrases, il tend une cruche: «Vous prendrez bien un verre d’eau?» Puis il précise: «Ce n’est pas notre eau habituelle, vous savez… le 6 juillet…»

Oui, on sait: le train maudit de la Montreal, Maine & Atlantic Railway, son déraillement, les morts, la dévastation et le monstrueux déversement de pétrole. Ça s’est passé en amont. Sa rivière a écopé: «Depuis ce jour-là,  les municipalités de la région doivent trouver leur eau ailleurs.»

C’est tout de même un comble. «La municipalité de Sainte-Marie possède l’usine d’assainissement la plus moderne du Québec, ajoute-t-il. Mais elle n’a pas été conçue pour traiter les hydrocarbures. On n’aurait jamais imaginé que cela puisse se produire chez nous. Tout au plus un petit déversement, comme ce qui peut survenir lors d’un accident routier. Mais une tragédie de cette ampleur? Cela dépasse l’entendement.»

Russell Gilbert n’ose pas trop jouer les pessimistes en parlant des mois qui viennent. Cet ancien enseignant en éducation physique, qui a été maire de Sainte-Marie est aujourd’hui président du Comité du bassin versant de la rivière Chaudière (COBARIC). Il retient son souffle, comme toute la région. Quelles séquelles l’environnement gardera-t-il de la tragédie de Lac-Mégantic?

Il suffit d’examiner une carte pour comprendre l’inquiétude des riverains. La Chaudière, célèbre pour ses embâcles et ses débâcles, prend sa source dans le lac Mégantic, le lac martyr dans lequel ont abouti des millions de litres de pétrole brut léger, dont quelque 100 000 litres ont gagné la rivière, souillant une partie de ses berges. À la mi-août, le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) annonçait y avoir récupéré 52 000 litres d’eaux huileuses. Soit. Mais combien de litres de pétrole resteront dans l’environnement? Ça, on n’en a aucune idée.

«Dans les premières heures suivant la catastrophe, on pouvait voir des films de pétrole sur quasiment 100% de la surface de la rivière, de Lac-Mégantic à Saint-Georges. La première action a été de fermer le barrage de Lac-Mégantic pour abaisser le débit de la rivière de 25 mètres cubes par seconde (m3/s) à 3 m3/s, afin de retenir la contamination en amont de Saint-Georges », relate Michel Rousseau, sous-ministre adjoint à l’analyse et à l’expertise régionales au MDDEFP. L’épicentre de la catastrophe est à quelque 80 km de la capitale beauceronne.

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