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13 novembre 2025
Temps de lecture : 2 minutes

Un magazine fait main

Illustration: portrait en noir et blanc de Marine Corniou.

Québec Science ne publiera pas d’articles générés par l’intelligence artificielle et continuera à fournir un contenu original, vérifié et transparent.

 

Il y a plus de deux ans, Mélissa Guillemette, alors rédactrice en chef de Québec Science, expliquait dans un éditorial pourquoi le magazine n’utiliserait pas l’intelligence artificielle (IA) pour illustrer ses articles. Ce choix relevait de l’éthique : désir d’authenticité et respect de la créativité et des droits d’auteur.

Je pourrais reprendre mot pour mot son argumentaire pour expliquer pourquoi Québec Science n’utilisera pas non plus l’IA pour générer ses articles.

Comme tout le monde, notre équipe a pourtant été bluffée par l’IA générative. À première vue, ChatGPT et les autres agents conversationnels sont capables de pondre des textes tout à fait crédibles, bien écrits, et même de citer des sources en apparence fiables.

Ce n’est pas pour rien que plus de 40 % des Canadiennes et Canadiens pensent que les salles de presse utilisent l’IA pour écrire leurs articles, selon un rapport récent du Social Media Lab. Or, les médias sérieux (dont nous) se sont tous dotés d’une charte pour un usage responsable de l’IA – ce qui exclut de confier la rédaction à ces outils.

Car leurs prouesses ne sont que de la poudre aux yeux. Par son essence même, l’IA générative est aux antipodes de la déontologie journalistique : elle ne décrit pas des faits, elle ne comprend pas les questions posées ni ce qu’elle écrit. Elle enchaîne les mots sur la base d’une prédiction statistique, selon ce qui est le plus probable dans le contexte. Ce qui fait qu’elle ne garantit pas la véracité de ce qu’elle avance ; pire, elle « hallucine » à tout va. Et elle n’a aucune compréhension physique et émotionnelle du réel – ce qui aboutit à des textes fades et sans relief.

Ainsi, après l’excitation initiale liée à ChatGPT, plusieurs entreprises ont rétropédalé, même pour produire de simples résumés. Apple a désactivé une fonction d’IA qui résumait des articles de presse sur ses plateformes, après qu’une grave erreur s’y soit glissée. La BBC a d’ailleurs montré que ChatGPT, Copilot, Gemini et Perplexity AI manquaient tous leur coup quand il s’agissait de synthétiser des informations d’actualités.

Chez Québec Science, nous utilisons l’IA pour transcrire nos enregistrements d’entrevues. Mais il y a toujours des erreurs (exemples véridiques : « la moitié du courant » se transforme en « la mosquée du Coran », ou le nom d’un médicament, le lecanemab, devient « lycaon aimable »).

Pour produire et éditer nos reportages, toutefois, c’est le travail « à la mitaine » qui prime. Car nos reporters peuvent passer des jours, des semaines, à parler avec des spécialistes, à se rendre sur le terrain à la rencontre des scientifiques, à lire des rapports et des études, à juger de la qualité de l’information qui s’y trouve, à vérifier les chiffres, à croiser les sources… Nous mettons un soin méticuleux à amasser de l’information, à la digérer et à vous la restituer pour décrypter des sujets complexes, qui doivent souvent être traités avec nuance et sensibilité.

Au-delà de cette sensibilité dont les robots ne pourront jamais faire preuve, ce travail d’analyse et de synthèse ne peut relever – pour l’instant, du moins – que de capacités humaines. Sans compter que notre regard est aussi influencé par les préoccupations et le contexte québécois ; une saveur qui teinte nos choix de sujets, notre façon de les traiter, etc.

Une fois l’article écrit, il est commenté et bonifié par le reste de l’équipe ; révisé par des pros de la langue française ; puis mis en page par notre directrice artistique, qui s’entoure de photographes ainsi que d’illustrateurs et illustratrices. Enfin, tout est relu encore au moins quatre fois… Bref, notre produit final, que vous tenez entre vos mains, est un petit bijou d’artisanat !

Cela dit, ce savoir-faire est menacé. Selon un sondage mené en 2025 par l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique auprès de 400 journalistes au Canada et dans le monde, 26 % déclarent déjà avoir un sentiment de dépendance à l’IA – en particulier les plus jeunes, pour des tâches allant de l’idéation d’article à la collecte de données, en passant par l’écriture et la révision de texte.

Le risque ? Perdre son sens critique et sa créativité. « En déléguant des tâches telles que la structuration d’un raisonnement ou l’organisation d’un récit, les journalistes risqueraient d’affaiblir certaines compétences fondamentales, voire d’en retarder l’acquisition. Des recherches […] évoquent même le risque d’une « paresse métacognitive » : une diminution de l’effort intellectuel induite par une confiance excessive dans la machine », écrivent dans La Conversation Vincent Pasquier et Catherine Lespérance, de HEC Montréal, qui ont mené le sondage.

Et cette paresse cognitive risque aussi de gagner le public, puisque 15 % des moins de 25 ans s’informent sur l’actualité auprès des chatbots, selon le rapport annuel de l’Institut Reuters. Et si on encourageait plutôt l’artisanat ?

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