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Environnement

Achetez vos pâtes alimentaires en vrac, dit un rapport

22-06-2020

Photo: Polina Tankilevitch / Pexels

Alors que plusieurs commerces ont fermé leur section « vrac » ou ne permettent plus l’achat avec ses propres contenants en raison de la pandémie, un rapport canadien affirme qu’il faut notamment se tourner vers ces avenues pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), et utiliser des emballages minimalistes faits de matières recyclées pour les denrées moins adaptées à ces pratiques.  

Au pays, 11,2 millions de tonnes métriques d’aliments sont gaspillées chaque année, selon un rapport commandé à une firme spécialisée en agroalimentaire par le Conseil national zéro déchet (qui réunit des gouvernements, des entreprises et des ONG canadiennes). Il s’agit d’aliments non récoltés à temps au champ, endommagés dans le transport, périmés en épicerie, cramés sous un réchaud du resto ou perdus au fond du frigo à la maison, par exemple. Ces pertes représentent environ 20% de toute la production alimentaire.

Pour atteindre les Objectifs de développement durable des Nations unies, le Canada s’est engagé, en 2015, à réduire de moitié ce gaspillage d’ici 2030. Le secteur alimentaire est également une cible pour réduire les émissions de GES; la nourriture gaspillée représente des émissions de 22,2 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone au Canada.

Mais il s’agit d’une équation délicate, car elle inclut les emballages. Ces derniers peuvent contribuer à réduire les pertes. Mais veut-on vraiment plus de contenants, boîtes et autres pellicules, dont la production génère des GES et dont le recyclage n’est pas aisé? Pour ajouter à la complexité, l’emballage pourrait pousser les magasins à stocker davantage ou les consommateurs à acheter davantage, en comptant sur la bonne conservation des aliments, ce qui peut mener au gaspillage à la maison…

Priorité: la prévention

La firme mandatée pour éclaircir les liens entre emballages, gaspillage alimentaire et émissions de GES a procédé à une revue de la littérature. Elle a aussi mené un sondage et interrogé des acteurs des industries alimentaires et de l’emballage, des gouvernements, d’organisations non gouvernementales et de la recherche scientifique. Les chercheurs de la firme ont ensuite comparé l’empreinte carbone d’un panier fictif selon 10 scénarios différents. Ils modulaient par exemple l’effet de la réduction des emballages, le pourcentage de compostage des déchets alimentaires et la prévention du gaspillage.

Ils parviennent à la conclusion que réduire les pertes et le gaspillage alimentaire ont plus d’impact sur les émissions de GES que de réduire la production d’emballages. Supprimer les emballages du panier fictif serait associé à une hausse de 30% des pertes, d’après eux.

Ainsi, pour réduire de moitié les gaz à effet de serre liés à ce secteur au Canada, il faut surtout prévenir 50% des pertes et du gaspillage, en plus de composter tous les aliments perdus et d’opter pour des emballages composés de matière recyclée et facilement recyclable, selon les auteurs. Ces derniers rappellent par ailleurs que les plastiques présentés comme biodégradables, compostables et biosourcés ont une aussi grande empreinte carbone que les conventionnels, malgré l’aura verte les entourant.

Ils affirment également qu’il faut informer les consommateurs  — responsables d’environ 14% du gaspillage, selon un rapport du même groupe paru en 2019 — de la possibilité de faire des achats avec leurs propres contenants. C’est là qu’ils donnent l’exemple des pâtes sèches, dont l’emballage représente 60% de l’empreinte totale d’équivalent CO2 du produit. «Si une légère augmentation des pertes et du gaspillage alimentaire survenait par la vente en vrac, les émissions globales pourraient encore être inférieures à celles associées aux pâtes sèches préemballées», est-il précisé. Le sucre, les pommes et les légumes en feuille (comme la roquette souvent vendue dans une barquette de plastique) sont d’autres produits qui pourraient être offerts en vrac sans craindre pour la conservation.

Le rapport était financé par Recyc-Québec, ainsi que par Éco Entreprises Québec, qui regroupe les entreprises qui mettent sur le marché des emballages et des imprimés, et la coopérative financière Vancity.  «Ça demeure une analyse théorique, on voudrait faire une suite», explique Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente à la performance des opérations chez Recyc-Québec et membre du conseil d’administration du Conseil national zéro déchet. Elle imagine une étude plus terrain qui comparerait différentes façons d’offrir les aliments en magasin et les pertes occasionnées, ainsi que le gaspillage chez les consommateurs de ces commerces.

Incitatifs ou règlements?

Le rapport souligne que les entreprises sont réticentes à adopter de nouveaux comportements. «La volonté de maximiser les ventes dans une économie stagnante amène les vendeurs et les détaillants à fonder leurs décisions de conception d’emballage (y compris les matériaux utilisés dans leur fabrication et leur taille) sur des considérations de marketing et d’attrait visuel avant les considérations environnementales», lit-on. Pour accélérer les choses, les auteurs suggèrent aux gouvernements d’exiger un seuil minimal de contenu recyclé.

Le Québec ne s’est pas encore engagé dans cette voie, mais son Plan d’action 2019-2024 pour la gestion des matières résiduelles vise 15% de contenu recyclé dans les emballages de plastique d’ici 2024. «Un programme de soutien financier va être déployé par Recyc-Québec; on est encore en train de l’élaborer, indique Sophie Langlois-Blouin. Également, une stratégie gouvernementale visant à réduire l’utilisation des plastiques et de produits à usage unique sera développée et déployée par nos collègues du ministère de l’Environnement. Elle pourrait aller plus loin. Des incitatifs? Une réglementation? Un peu des deux? La réflexion est en cours.»

Éliane Brisebois, coordonnatrice à la Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique, estime que le rapport du Conseil national zéro déchet se penche sur des enjeux importants qui intéressent tant les détaillants que les consommateurs. Toutefois, «du côté des solutions pour réduire le gaspillage, on ne nous parle jamais de réduction de la production, souligne la chercheuse. La diminution des intermédiaires [entre le producteur et le consommateur] permet aussi de réduire le gaspillage et le rapport en parle moins. »

Les entrevues réalisées ces dernières années avec des propriétaires de commerces qui offrent des produits en vrac lui ont appris que leurs façons de faire limitent également les pertes. «Quand il n’y a plus d’un produit, ils en commandent. Ils ne font pas d’overstockage

Bref, des modèles émergents arrivent à prévenir du gaspillage, même sans emballage, tandis que d’autres intègrent les pertes dans leur modèle d’affaires. Une étude qu’elle a produite en 2018 avec son collègue René Audet révélait que le gaspillage alimentaire survenant chez les détaillants est parfois perçu comme un mal nécessaire. «On va toujours avoir environ un 4 % [de pertes], c’est normal, leur racontait un commerçant. À un moment donné il faut que tu tiennes de la variété et c’est comme ça.»

Éliane Brisebois voit d’un bon œil les mentions du rapport du Conseil national zéro déchet à l’achat sans emballage. «Qu’on puisse apporter nos plats, c’était vu comme une pratique insalubre encore il n’y a pas longtemps. Je crois que ça va se démocratiser dans les années à venir, mais ce sont de gros changements pour tous les acteurs. Ça va se faire lentement.»

À l’initiative de Greenpeace, 119 scientifiques, médecins et infirmiers issus de 18 pays différents, dont la professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval Laurence Guillaumie et le président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, Joe Vipond, viennent de publier une déclaration affirmant que le recours aux contenants réutilisables en magasin est sécuritaire en temps de pandémie si les règles d’hygiène de base sont respectées.

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