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Environnement

Le glyphosate déverse son phosphore dans les cours d’eau

03-04-2019

Photo: Vincent Fugère

L’emploi massif de cet herbicide sur les terres agricoles a un impact non négligeable sur le niveau de phosphore dans l’environnement.

Les études sur le glyphosate qui font les manchettes examinent surtout son influence sur la santé humaine. Voilà qu’une nouvelle étude québécoise, publiée dans Ecological Society of America’s Frontiers in Ecology and the Environment, met en lumière l’apport important de phosphore sur les terres agricoles, qui dérive de l’utilisation du glyphosate.

Le glyphosate, commercialisé notamment sous le nom de RoundUp, est l’herbicide le plus populaire au monde. Depuis 1974, on estime qu’environ 8,6 milliards de kilogrammes du produit ont été répandus à l’échelle mondiale.

Lorsqu’il se dégrade, le glyphosate (C3H8NO5P) relâche du phosphore qui se retrouve ainsi dans les cours d’eau environnants. Selon les chercheurs de l’Université McGill, on commence tout juste à comprendre l’impact du glyphosate sur «la dégradation de la qualité de l’eau et l’émergence d’espèces de mauvaises herbes devenues résistantes».

Excès de phosphore

L’impact du glyphosate sur l’apport en phosphore a longtemps semblé négligeable, en comparaison aux engrais qui sont la source principale de phosphore agricole. «La quantité de phosphore que l’on ajoute actuellement sous forme d’herbicide atteint des niveaux comparables à la quantité de phosphore qu’on ajoutait sous forme d’engrais avant sa réglementation dans les années 1980», souligne Marie-Pier Hébert, chercheuse et doctorante en sciences environnementales à l’Université McGill.

Elle et ses collègues, Vincent Fugère et Andrew Gonzalez, ont calculé qu’aux États-Unis, la quantité de phosphore apportée par le biais de glyphosate a augmenté de 1,6 kg par km2 en 1993 à 9,4 kg par km2 en 2014. Qu’en est-il au Québec ou au Canada? Difficile de le calculer de ce côté-ci de la frontière. «Le Canada et le Québec ne sont pas inclus dans notre étude, car c’est vraiment difficile d’avoir accès à des données brutes. J’ai fait le calcul à partir d’estimations et de moyennes», explique la chercheuse. «J’ai évalué la surface que l’on cultive et la quantité de glyphosate qu’on y applique. Cette quantité augmente continuellement par rapport à une même surface traitée», ajoute-t-elle.

«On a des sols tellement saturés que le phosphore provenant du glyphosate ira presque entièrement dans les cours d’eau», dénonce Marie-Pier Hébert. Au Québec, c’est en Montérégie qu’on épand le plus de glyphosate. Il est d’ailleurs le pesticide de choix dans l’ensemble du Québec avec une superficie traitée de 2 millions d’hectares (statistiques de 2014). Selon la chercheuse, «il devient impératif de réguler l’application du glyphosate dans les aires agricoles critiques, c’est-à-dire les régions où le glyphosate est utilisé de façon intensive et où les sols sont saturés en phosphore».

Le phosphore en excès perturbe les écosystèmes des bassins versants, comme nous le rappelions ici.

Des algues résistantes

Autre conséquence de cet épandage, les algues de nos cours d’eau deviennent résistantes au glyphosate. En menant des expériences dans des bassins expérimentaux où l’on ajoutait différentes concentrations de glyphosate, Marie-Pier Hébert a remarqué que cela stimulait la croissance des algues. «Ce ne sont pas tous les types d’algues qui sont capables d’utiliser le phosphore provenant du glyphosate. Mais les cyanobactéries et les dinoflagellés vont croître facilement, par exemple, en présence de cet herbicide». Cette expérience fera d’ailleurs l’objet d’une étude publiée un peu plus tard cette année.

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