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Environnement

Le livre «La Culture générale pour les nuls» parle de refroidissement climatique

25-10-2019

Photo: Alexis Hannart

Un ouvrage populaire présente les concepts de réchauffement et de refroidissement climatiques comme un débat scientifique en cours.

Il s’agit d’une «Édition Québec» du livre La Culture générale pour les nuls, parue en 2017. Cet ouvrage se veut une introduction à différents thèmes, comme l’histoire, la littérature, le sport et les religions.

Il contient un passage étonnant, qui est par ailleurs toujours présent dans une nouvelle réédition du livre, parue en France en septembre et bientôt disponible au Québec. Le passage porte le titre: «Évolution du climat: réchauffement ou refroidissement?»

On lit ensuite que selon «les tenants du réchauffement, […] il y aura une hausse des températures de 0,5° à 1°C en moyenne entre 2000 et 2050». À l’inverse, «pour les tenants du refroidissement, la pollution fera obstacle aux rayons du Soleil, la température baissera de 0,5°C en moyenne entre 2000 et 2050».

La page suivante présente pourtant les efforts de la communauté internationale pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et mentionne un rapport de 2014 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le véritable effet refroidissant

Alexis Hannart, chercheur principal en science du climat à Ouranos, a été très surpris de faire cette trouvaille en flânant dans un Renaud-Bray montréalais, où le livre était placé en évidence et estampillé «Coup de cœur». Il juge d’abord «scandaleux et irresponsable» que le titre porte un point d’interrogation, comme si le réchauffement climatique n’était pas certain. «Ça induit complètement en erreur. La réponse à cette question, on la connaît!»

Il précise que l’effet refroidissant de la pollution atmosphérique existe bien, même s’il est moins connu du grand public. Le terme «pollution» réfère ici aux aérosols, soit des particules fines en suspension qui, par ailleurs, présentent des risques pour la santé humaine. Ces minuscules particules sont dégagées par la combustion dans l’industrie et les transports, ainsi que par les feux de forêt.

«Quand ces particules fines montent dans l’atmosphère, elles ont un rôle non négligeable sur le bilan énergétique de la planète, et ça se traduit par un refroidissement parce qu’elles masquent effectivement une toute petite partie du rayonnement solaire», dit-il.

Entre 1951 et 2000, cet effet refroidissant a été de 0,2°C sur le climat, selon un rapport de 2013 du GIEC. «On peut affirmer, avec un degré de confiance élevé, que les aérosols et leurs interactions avec les nuages ont contrebalancé une partie importante du forçage mondial moyen [NDLR, des perturbations] dû aux gaz à effet de serre»,  peut-on lire dans un résumé à l’attention des décideurs

Mais cet effet est bien plus faible que celui des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, explique le chercheur. De 1951 à 2000, l’effet réchauffant a été de 0,9°C, pour un bilan net de +0,7°C des températures globales. En somme, les aérosols ont ralenti le réchauffement climatique ces dernières décennies.

Ces chiffres nous parlent du passé, rappelle Alexis Hannart. «Dans le futur, on s’attend à ce que les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter fortement, au moins pour les prochaines décennies. Quant aux aérosols, ils sont déjà en diminution, car on s’attaque à cet enjeu depuis les années 1970-80.» Il y a bien des augmentations en Asie, mais selon tous les scénarios, ils seront en baisse à l’échelle mondiale.

«Une partie du réchauffement a été planquée sous le tapis grâce aux aérosols, dit M. Hannart. Mais au fur et à mesure qu’on retire le tapis, l’effet refroidissant va diminuer et générer un réchauffement supplémentaire.»

Il a été impossible de retrouver la source scientifique concernant une baisse de 0,5°C entre 2000 et 2050 citée dans le livre.

Révision à venir

Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale aux Éditions First, basées à Paris, a reconnu que les lignes citées «pourraient ouvrir la voie aux climatosceptiques», alors que «le réchauffement climatique dû aux activités humaines est aujourd’hui indiscutable».

Elle a expliqué par courriel que le texte d’origine date d’il y a 13 ans (lors de la première édition de La Culture générale pour les nuls) et que «les dernières éditions ont uniquement consisté en un remaniement graphique de l’ouvrage, dont les contenus n’ont pas été revus. Ce sera chose faite dès la prochaine réimpression dans laquelle la formulation sera clarifiée et les textes revus afin d’éviter toute ambiguïté.»

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