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Environnement

Les mégots de cigarette, première source de déchets océaniques

24-05-2019

Photo: P. Schreiner, Pixabay

Pour réduire la pollution par le plastique, la guerre contre les mégots serait certainement plus efficace que la guerre contre les pailles.

La liste des objets trouvés dans les campagnes de nettoyage de plages, où que ce soit dans le monde, est longue : bouteilles, pailles, jouets, flacons en tout genre, chaussures, etc.

Mais les déchets « personnels » les plus fréquemment retrouvés sont sans conteste les mégots de cigarette, qui constituent jusqu’à 30% des « objets » ramassés sur les littoraux. Chaque année, environ 6000 milliards de cigarettes sont fumées dans le monde. On estime ainsi que 4500 milliards de mégots sont jetés annuellement dans l’environnement. Et il est urgent de s’attaquer au problème, soulignent les scientifiques dans plusieurs publications récentes.

Du plastique à la pelle

Si un mégot peut paraître anodin, de par sa petite taille, il n’en est rien : il est composé de plastique, plus précisément d’acétate de cellulose enrobé de plastifiants, qui retardent la biodégradation (plus de 18 mois).

« En supposant que chaque filtre pèse 170 milligrammes, le poids de tous les filtres non biodégradables rejetés annuellement est d’environ 175 200 tonnes », estime l’Organisation mondiale pour la santé, qui ajoute à ce calcul 1 800 000 tonnes d’emballages composés de papier, d’encre, de cellophane, d’aluminium et de colle, et encore 2 millions de tonnes de carton.

Ce n’est pas tout : une cigarette contient plus de 5000 composés, dont environ 150 sont considérés comme hautement toxiques. Les filtres, en particulier, renferment du benzène, de la nicotine, du cadmium et des douzaines d’autres contaminants. Ces substances percolent dans le sol et l’eau lorsque le mégot se retrouve dans la nature et contaminent les alentours.

Un exemple? En 2011, des chercheurs américains ont pu mesurer, simplement en plongeant des mégots dans l’eau, des quantités non négligeables d’aluminium, de baryum, de cadmium, de chrome, de cuivre, de fer, de manganèse, de nickel, de plomb, de strontium, de titane et de zinc…  « Cette étude suggère que les mégots sont des sources potentielles de pollution environnementale par les métaux lourds et qu’ils peuvent potentiellement être nocifs de façon aiguë ou chronique pour plusieurs organismes », concluaient les auteurs.

Les effets toxiques sur la faune aquatique ont d’ailleurs été documentés dans plusieurs études. Nous en parlions notamment ici.

Prise de conscience

Si les données concernant la toxicité environnementale de ces déchets s’accumulent, le problème est connu depuis plusieurs années. L’omniprésence du plastique dans les océans a toutefois amené une certaine prise de conscience chez les consommateurs et les autorités. Aux États-Unis, plus de 300 villes côtières interdisent désormais aux vacanciers de fumer sur leurs plages.

Parallèlement, plusieurs initiatives de recyclage ont vu récemment le jour à travers le monde, visant à réutiliser les mégots pour la production de briques et d’asphalte, la fabrication de matériau absorbant, et même la lutte contre les moustiques.

La Ville de Montréal a quant à elle amorcé en 2016 un projet pilote destiné à récupérer et recycler des milliers de mégots.  « À ce jour, le projet compte 620 cendriers installés dans 8 arrondissements sur les artères commerciales », souligne la Ville, précisant que les mégots représentent environ 30 % des déchets retrouvés sur le domaine public. « Lorsqu’ils sont laissés sur la chaussée, la nicotine et les matières se dissolvent et polluent les cours d’eau et les écosystèmes », note la Ville, qui les utilise pour fabriquer du mobilier urbain.

Elle vient aussi de lancer une campagne de sensibilisation contre le « mégoïsme ». À vos cendriers, donc.

 

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