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Environnement

Microplastique au fond du St-Laurent: parmi les pires cours d’eau étudiés

07-02-2020

De minuscules morceaux de différents plastiques Photo: Oregon State University

Une étude révèle que la pollution microplastique au fond du fleuve Saint-Laurent s’apparente à celle de cours d’eau près de villes densément peuplées en Chine.

On appelle «microplastiques» les fibres, billes et morceaux de moins de 5 millimètres utilisés dans certaines industries et produits de nettoyage ou encore issus de la fragmentation d’objets de plastique, d’emballages, de sacs et de vêtements synthétiques. Ils sont très stables chimiquement et perdurent donc longtemps dans l’environnement; ils ont d’ailleurs été repérés dans tous les types de milieux aquatiques de la planète, même les plus isolés.

Ces morceaux souvent invisibles à l’œil nu étaient dans la mire d’une équipe de l’Université McGill. Elle s’est intéressée à la quantité de microparticules de plastique contenue dans les sédiments au fond du fleuve, ainsi que dans les eaux de surface de différents sites localisés entre l’île de Salaberry et Québec.

Fragments fluorescents

Les chercheurs ont trouvé en moyenne 832 morceaux de plastiques par kilo de sédiments secs. C’est quatre fois plus que ce qui avait été trouvé, par une autre équipe, dans la rivière des Outaouais il y a quelques années.

Ce résultat place le St-Laurent parmi les pires cours d’eau analysés à ce jour — «dans le top 25%», écrivent les auteurs dans leur article publié dans la revue savante Environmental Pollution. C’est là qu’ils mentionnent que l’ampleur de la présence de microplastiques dans les sédiments s’apparente à celles documentées près de grandes villes chinoises. Les cours d’eau chinois sont connus comme étant très pollués par le plastique (souvenez-vous que jusqu’à récemment, la Chine importait le moitié du plastique envoyé au recyclage à l’échelle mondiale.)

Les chercheurs précisent que les microbilles étaient le type le plus fréquents dans les sédiments et que le relevé le plus élevé a été réalisé en amont de Montréal, où de mystérieux fragments fluorescents pullulent.

De nombreux organismes vivent dans les sédiments et peuvent ingérer les morceaux qui s’y accumulent et ceux-ci risquent de se transmettre dans la chaîne alimentaire. Ces morceaux peuvent parfois obstruer le système digestif des animaux ou avoir un effet toxique, car ils peuvent contenir des contaminants ou se lier chimiquement avec des particules indésirables présentes dans l’environnement.

En surface

Quant à l’eau de surface, l’équipe a filtré des lots de 100 litres par station,  près d’effluents d’eaux usées. Elle a refait le même exercice en amont et en aval de chaque site. En moyenne, les scientifiques ont retrouvé 0,12 particules par litre d’eau en amont et 0,16 par litre en aval.

Ces mesures sont-elles élevées? « Ça dépend avec quoi on les compare, explique le professeur Anthony Ricciardi. Les concentrations dans l’eau de surface sont très similaires à celles que [des collègues ontariens ] avaient trouvées dans des sites en bordure de la rivière des Outaouais.»

Il faut toutefois noter que comparer les études et les cours d’eau n’est pas chose aisée puisque les méthodologies varient grandement dans ce champ de recherche encore récent. Une standardisation «n’est pas possible pour les différents types de sédiments et contextes dans le monde», explique la professeure au Département de géographie de l’Université Mémorial Max Liboiron, qui n’est pas impliquée dans ces travaux.

La spécialiste en pollution par les plastiques assure que l’étude est solide et que le souci porté à la méthodologie est impressionnant. «En fait, ils ont une approche prudente […] si bien que le passage stipulant que « la concentration moyenne en microplastiques dans le St-Laurent figure parmi les plus élévées jamais enregistrées dans les systèmes d’eau douce et marins dans le monde » est assurément juste.»

Chaque minute, une quantité de plastique équivalente au contenu d’un camion de poubelle parvient dans les écosystèmes marins de la planète, selon les estimations de la Fondation Ellen MacArthur.

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