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Environnement

L’ouragan Harvey comme souris de laboratoire

27-06-2019
ouragan

Image: Shutterstock

L’ouragan Harvey a ravagé le Texas en 2017. Depuis, il fait office de souris de laboratoire pour comprendre les pluies extrêmes et leur possible lien avec les changements climatiques.

Depuis près de deux ans, le statisticien Richard Smith travaille à prédire l’ampleur de l’ouragan Harvey… survenu en 2017.

Mais pourquoi donc s’attarder aux probabilités qu’un évènement déjà passé survienne ? Pour anticiper ce qui attend le sud-est des États-Unis relativement aux changements climatiques, a expliqué le professeur de l’Université de Caroline du Nord au congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, à Washington, en février dernier.

Le chercheur se penche plus précisément sur les pluies qui ont accompagné Harvey. Ce dernier a déversé son fiel sur le Texas pendant trois jours ; certaines villes ont reçu plus de 1 000 mm de pluie, un record historique aux États-Unis. Au total, 90 personnes ont perdu la vie et les dommages sont chiffrés en dizaines de milliards de dollars.

Richard Smith et son collègue Ken Kunkel basent leurs travaux sur la température de l’eau de surface dans le golfe du Mexique et sur le taux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. Le professeur a calculé que le risque qu’un ouragan tel Harvey − défini comme un épisode de pluie de plus de 711 mm en cinq jours − se forme cette année-là était de moins de 1 sur 1 000. « C’est peu, mais selon nos calculs, c’est de deux à trois fois plus que s’il n’y avait pas eu de réchauffement climatique. »

Selon les différents modèles utilisés, par Richard Smith et par d’autres chercheurs, la probabilité que des ouragans aux pluies très fortes se produisent dans la région dans les années 2080 sera multipliée par 18, 30 ou même 60 si les niveaux de CO2 suivent le scénario le plus pessimiste projeté par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. « Je n’avancerai pas de nombre exact, mais l’important est de constater que, peu importe la simulation, la probabilité augmente de façon spectaculaire », assure le professeur, qui détaillera ses calculs dans une publication scientifique en préparation.

Faut-il pour autant conclure que les ouragans et les épisodes de pluies diluviennes seront plus fréquents sur la planète en raison des changements climatiques ? Ce n’est pas si simple. Dire que des évènements météorologiques extrêmes sont une conséquence des activités humaines n’est pas aisé, puisqu’ils sont rares, complexes et qu’ils sont influencés par leur situation géographique.

On ne peut d’ailleurs généralement parler de « causalité » que pour un aspect très précis d’un évènement météorologique, comme les précipitations pour l’ouragan Harvey, mentionne Alexis Hannart, chercheur en science du climat au consortium Ouranos.

« Ces niveaux de pluie sont très difficiles à expliquer sans faire intervenir les changements climatiques. Mais si l’on considère Harvey comme un tout, avec l’ensemble de ses caractéristiques, on ne peut pas tirer de conclusions sur le fait que les ouragans sont plus ou moins probables dans le contexte du réchauffement climatique. Il faut demeurer prudent », dit celui qui prenait part au même congrès que Richard Smith à Washington.

Par ailleurs, de plus en plus de chercheurs s’intéressent aux répercussions économiques et humaines des changements climatiques plutôt qu’uniquement aux phénomènes physiques. « Cela ancre le lien de cause à effet dans des choses bien concrètes, comme la mortalité ou les dommages matériels, indique M. Hannart. On vit dans un monde centré sur la performance économique ; c’est une voie peut-être plus efficace pour convaincre les décideurs qu’il faut adapter les villes. »

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