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Environnement

Pesticides: encore du DDT dans les lacs canadiens

18-06-2019
pesticide

Photo: Jan Amiss/Pixabay

Même si ce pesticide est interdit depuis 1985, le DDT se trouve en concentration élevée dans des lacs du Nouveau-Brunswick.

Dans les années 1950 à 1970, pour contrer la prolifération de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, un insecte qui causait des ravages dans les forêts canadiennes, les gouvernements provinciaux et fédéral ont procédé à la pulvérisation du pesticide dichlorodiphényltrichloréthane, mieux connu sous l’acronyme DDT.

Dans un article publié dans Environmental Science & Technology, des chercheurs canadiens (université Mount Allison, université du Nouveau-Brunswick et université McMaster) constatent que, bien des années plus tard et même si le pesticide est interdit depuis 1985, le DDT est toujours présent, et en forte concentration, dans les lacs du Nouveau-Brunswick. Le pesticide, peu soluble dans l’eau et à dégradation très lente dans l’environnement, s’accumule dans les sédiments des lacs.

Pour étudier ce phénomène, des chercheurs canadiens ont sélectionné cinq lacs, dont les forêts environnantes ont été aspergées de DDT (lacs California, Goodwin, Middle Peaked Mountain, Upsalquitch et Sinclair). Ceux-ci, tous dans le nord du Nouveau-Brunswick, ont été échantillonnés au printemps 2016.

Les carottes de sédiments récoltées, qui permettent d’examiner le passé, ont montré une quantité élevée de pesticide dans les années 60-70, avec un pic au milieu des années 70 pour trois des lacs, «suggérant qu’il y a un décalage de 5 à 10 ans avant que le DDT appliqué par voie aérienne s’incorpore dans les sédiments des lacs», lit-on dans l’article.

Du DDT qui persiste encore aujourd’hui

Mais même les sédiments plus près de la surface (et donc récemment déposés au fond des lacs) possèdent des concentrations élevées du pesticide, plus de 50 ans après l’épandage. Elles dépassent même le niveau à partir duquel on observe des effets négatifs sur les organismes vivants.

Les chercheurs constatent d’ailleurs que la présence de DDT a des conséquences sur la faune aquatique, modifiant la composition des communautés de zooplancton. Celui-ci est passé d’espèces de grande taille (comme les daphnies) à celles de plus petite taille, qui tolèrent mieux les pesticides. La disparition des daphnies entraîne notamment une production plus importante d’algues et signifie aussi qu’il y a moins de proies pour les poissons.

«Ce qui était considéré comme la crise environnementale d’hier dans les années 1950 à 1970 demeure le problème d’aujourd’hui», affirme Josh Kurek, professeur de géographie et d’environnement à l’université Mount Allison. «Des décennies d’applications intenses d’insecticides dans nos forêts de conifères ont laissé des traces durables sur ces lacs et probablement sur beaucoup d’autres dans l’est de l’Amérique du Nord.»

Les chercheurs souhaitent, dans une prochaine étude, voir l’effet des niveaux actuels de DDT chez les poissons et les oiseaux.

> À LIRE AUSSI: Perturbateurs endocriniens : la menace invisible

C’est au Nouveau-Brunswick que l’on a le plus épandu de DDT en Amérique du Nord. À elle seule, la province a utilisé 5,7 millions de kilogrammes de DDT entre les années 1952 à 1968. Le Québec, quant à lui, suit avec 0,9 million de kg pour cette même période. Dans les années 1970, l’application de DDT a considérablement diminuée, car les autorités gouvernementales se sont rendu compte des conséquences possibles sur la faune et la flore.

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