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Environnement

Pour des villes à échelle humaine

15-02-2013

Des villes à échelle humaine… Ce concept, qui occupe les urbanistes depuis des décennies, est au cœur du plus récent ouvrage de Jan Gehl, un architecte danois qui compte une cinquantaine d’années d’expérience.

Le professeur Gérard Beaudet a analysé son livre.

Gérard BeaudetD’entrée de jeu, on doit souligner que le titre de la version française – Cities for People est d’abord paru en anglais –, peut porter à confusion, dans la mesure où il suggère, à ceux que les cités et les vastes métropoles horripilent, un préjugé favorable envers les petites villes.

Or, il n’en est rien. Jan Gehl puise ses exemples, positifs et négatifs, dans des agglo­mérations de toutes tailles. L’échelle dont il est question n’est donc pas celle de la ville prise comme un tout, mais celle de ses composantes. C’est-à-dire que le point de vue adopté par l’architecte fait référence à ce qu’il qualifie d’échelle humaine des aménagements de l’espace public.

Gehl ne se réclame pas du «Nouvel urbanisme», quoiqu’il adopte une position faisant écho aux principes défendus par les chantres de ce mouvement des années 1980. Plusieurs passages critiques expriment en outre des réserves certaines par rapport à l’urbanisme hérité des conceptions modernistes des années 1920 et qui ont prévalu presque sans partage dans les décennies ayant suivi la Deuxième Guerre mondiale.

Par contre, il se situe dans la lignée de praticiens qui, depuis Alberti (De re ædificatoria, 1485) jusqu’à Kevin Lynch (Good City Form, 1981), en passant par Camillo Sitte (Der Städtebau nach seinen künstlerischen Grundsätzen, 1889), Raymond Unwin (Town Planning in Practice: An Introduction to the Art of Designing Cities and Suburbs, 1909) ou Eugène Hénard (Études sur les transformations de Paris, 1904), ont tenté de cerner les principes d’une composition urbaine qui assure le bien-être et réponde aux plus hautes aspirations des citoyens.

Avec sa préoccupation cons­tante envers l’appropriation humaine de l’espace public, Gehl assume également l’héritage de Jane Jacobs, dont le militantisme et les écrits (The Death and Life of Great American Cities, 1961) ont contribué, particulièrement en Amérique du Nord, à la critique de l’urbanisme fonctionnaliste et à la reva­lo­risation de la ville de l’ère industrielle, mise à mal par la rénovation urbaine pratiquée dans les décennies d’après-guerre.

Divisé en sept chapitres abon­dam­ment illustrés, l’ouvrage aborde la question de la dimension humaine des aménagements et son sens; les dimen­sions de l’animation, de la sécurité et de la durabilité urbaines; les modalités du façonnement d’espaces conviviaux et celles de l’imbrication des différentes échelles de la ville; et les défis spécifiques aux pays en développement. Le septième chapitre propose, sous forme d’une boîte à outils, divers principes de conception de l’espace public.

Même si Gehl s’intéresse aux questions de mobilité – il affiche un préjugé en faveur des modes de déplacement actifs (marche et vélo) – et même si la diversité culturelle ainsi que la mixité sociale et fonctionnelle de milieux sont régulièrement évoquées, cet ouvrage n’est pas un traité d’urbanisme.

Il laisse d’ailleurs de côté diverses problématiques importantes comme la contrainte patrimoniale; l’embourgeoisement résidentiel ou commercial des voisinages ayant fait l’objet d’investissements publics importants; l’impact d’un accroissement de la fonction ludique ou touristique sur les résidants; le coût et les difficultés logistiques de la ressaisie des friches et autres espaces dévalorisés; ou encore les conséquences d’une restriction de la circulation automobile et du stationnement sur les quartiers adjacents n’ayant pas été soumis à une telle mesure.

Or ces enjeux et défis peuvent plomber un projet urbain, aussi bien «designé» soit-il. Mis à part cette réserve, il s’agit d’une contribution très pertinente et d’une très grande qualité, tant en terme de contenu que de présentation graphique.

Gérard Beaudet est urbaniste émérite et professeur titulaire à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence comme Profession, urbaniste (Presses de l’Université de Montréal) ou Le pays réel sacrifié (Éditions Nota bene).

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