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Environnement

Puits domestiques: une eau contaminée par le roc

07-05-2018

Un chercheur a analysé l’eau de puits résidentiels creusés dans la roche en Abitibi-Témiscamingue, pour y découvrir des concentrations trop élevées en arsenic et en manganèse. 

Les analyses de Raphaël Bondu proviennent de 19 «puits sur roc» situés en périphérie de Rouyn-Noranda. Ce type de puits est le plus commun dans la province; environ un million de Québécois tirent leur eau d’une telle source, selon les estimations du chercheur postdoctoral.

Il a constaté que l’eau de tous les puits, sauf un, contenait une trop grande concentration de manganèse. Cet élément, lorsque présent dans l’eau, a notamment été associé à un quotient intellectuel moins élevé chez les enfants.

Pour ce qui est de l’arsenic, dont la toxicité n’est plus à démontrer, il était présent en trop grande concentration dans l’eau tirée de 8 puits sur 19.

La roche qui s’érode

À qui la faute? Pas aux minières de la région, du moins dans ces cas-ci. La contamination est due à des processus géochimiques naturels. «Les minéraux dans la région contiennent de l’arsenic, du fer et du manganèse qui sont dissous par leur interaction avec l’eau souterraine, explique M. Bondu, rattaché à l’Institut de recherche en mines et en environnement. Ce processus dépend de la chimie de l’eau souterraine [par exemple, son pH], qui va être plus ou moins favorable à la dissolution.»

Ces résultats sont présentés aujourd’hui au congrès de l’Acfas et ont été publiés récemment dans le Journal of Hydrology.

Il faut savoir que les propriétaires de puits privés au Québec sont les seuls responsables de la qualité de leur eau. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques leur recommande de réaliser des tests de qualité deux fois par an, mais rien ne les y oblige.

Travail de sensibilisation

C’est pourquoi Raphaël Bondu et ses collègues ont tenu à partager l’information avec les propriétaires des puits, même si les enjeux de santé ne sont pas au coeur de ses recherches. «On a dit aux propriétaires de boire de l’eau en bouteille ou d’installer un système de filtration pour l’entrée d’eau de la cuisine; traiter toute l’eau de la maison est inutile. Certains propriétaires étaient très intéressés par nos résultats et comptaient agir, tandis que d’autres ne veulent pas en entendre parler et nous disaient: « J’en bois depuis 20 ans ».»

Des concentrations trop élevées de fer ont également été repérées dans 11 puits sur 19. Cet élément modifie le goût et la couleur de l’eau et tache les vêtements et les électroménagers (on parle alors d’enjeux «esthétiques», par opposition aux enjeux «sanitaires»). Encore là, il s’agit d’un effet de l’érosion du socle rocheux.

Éventail de la concentration des contaminants dans l’eau des 19 puits

Arsenic : de 0,7 à 219,2 mg par litre, alors que la concentration maximale recommandée est de 10 mg/L.

Manganèse : 0,04 à 1,69 mg/L, alors que la concentration maximale recommandée est de 0,05 mg/L (valeur pour les enjeux « esthétiques », tandis que pour les enjeux de santé, le ministère évoque la valeur de 0,12 mg/L).

Fer : 0,003 à 3,49 mg/L, alors que la concentration maximale recommandée est de 0,3 mg/L (valeur pour les considérations esthétiques).

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