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Environnement

Un incubateur de forêts

11-10-2019

La pépinière forestière de Berthier, située à Sainte-Geneviève-de-Berthier, a été fondée en 1908 par l’un des deux premiers ingénieurs forestiers canadiens-français, Gustave-Clodimir Piché. En période de pointe, jusqu’à 125 employés y travaillent. Photo: Maxim Morin/OSA

Dans les six pépinières exploitées par le gouvernement du Québec, les forêts de demain germent. Littéralement! Nous avons visité la plus ancienne.

C’est un verger pas comme les autres. Oubliez les pommes les plus rouges. Ce sont les cocottes qui suscitent l’intérêt dans les rangées d’épinettes blanches situées tout au fond des 155 hectares de la pépinière forestière de Berthier. « C’est vraiment une bonne année », dit le directeur, Conrad Drolet, en pointant les amas de cônes à la cime des résineux.

Ces cônes participeront à une grande mission : reboiser les forêts exploitées du Québec et contribuer aux programmes de captation du carbone. En tout, 150 millions d’arbres sont livrés annuellement. Il y a 94 vergers à graines dans la province, tandis que certaines semences sont récoltées directement dans la nature. « Les récoltes commencent au mois d’août et s’étirent jusqu’en décembre », explique M. Drolet, qui travaille ici depuis 35 ans. Tous les « fruits » recueillis parviennent au Centre de semences forestières de la pépinière de Berthier.

Des semences sous la loupe

Les semences de feuillus sont traitées en premier, à l’automne : elles sont lavées et les ailes sont retirées (pensez aux samares d’érable pour vous les représenter). Les cônes des résineux passent quant à eux dans un tambour tournant où ils sont chauffés. Cette opération permet d’ouvrir les cocottes et de récupérer les graines. Reste à enlever les ailes et à trier les semences grâce à un séparateur à l’eau : celles qui sont craquées absorbent l’eau et coulent, tandis que les bonnes flottent.

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Puis un contrôle de la qualité s’impose : Geneviève Loslier y veille au laboratoire. Elle soumet de petits lots de graines à différents tests. Elle en fait germer au réfrigérateur pour valider les taux de succès ; on croirait de la luzerne ! Elle en place d’autres dans un appareil analogue à ceux utilisés pour les mammographies. « Aux rayons X, on voit facilement s’il manque quelque chose à la semence, indique Mme Loslier. Ça passe ou ça casse ! »

Les graines dorment ensuite dans des bidons en plastique placés dans des chambres froides. « C’est comme une bibliothèque, lance Conrad Drolet. Mais chaque baril contient des centaines de milliers de futurs arbres » plutôt que des livres.

Vient le printemps et les graines sont acheminées aux 19 pépinières (6 publiques et 13 privées) qui fournissent chacune des plants au programme de reboisement du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Il faut savoir que, dans la province, on replante l’équivalent de 20 % des arbres qui ont été coupés, tandis que le reste se régénère naturellement.

Les résineux sont prêts en deux ans, alors que les feuillus ont besoin d’une seule année de croissance avant d’être plantés dans la nature, au printemps suivant, non sans avoir été inspectés pour répondre à 21 critères précis quant à la quantité de racines et à l’inclinaison du plant entre autres.

Les jeunes arbres sont fournis gratuitement aux sociétés sylvicoles et aux propriétaires de boisés par le biais des agences régionales de mise en valeur des forêts privées.

Place aux feuillus

La serre de Berthier est la seule à produire des feuillus, qui représentent seulement 1 % des arbres du programme. En visitant les lieux, nous avons aperçu un lot pour le compte de Benoît Truax, directeur général de la Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-l’Est. Plusieurs équipes de recherche font ainsi appel aux services de la pépinière. « Si nous voulons tirer des conclusions de nos travaux, il faut utiliser un produit standardisé », a-t-il mentionné par téléphone.

Son projet consiste à planter neuf essences de feuillus dans différents types de sols et régions du sud du Québec pour déterminer quelle espèce parvient à coloniser quel environnement, au-delà des cartes de classification conçues il y a des décennies. Augmenter le taux de feuillus mis en terre aurait pour effet d’accroître la diversité et donc la résilience des forêts, menacées par des pathogènes et les changements climatiques, selon le chercheur. « Tout ce que nous avons devant les yeux en forêt peut disparaître n’importe quand. »

D’où l’importance des millions de petits plants fraîchement arrosés qui brillent au soleil à la pépinière de Berthier.

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