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Espace

L’appel du cosmos

29-04-2011

«Le pont est lancé: les spoutniks soviétiques viennent de relier la Terre à l’espace. La voie des étoiles est libre!» Ces paroles de Sergueï Korolev, le célèbre ingénieur soviétique, en disent long sur l’enthousiasme qui accompagnait les premiers succès astronautiques au début des années 1960.

Aujourd’hui, on est un peu plus dubitatif à propos des missions spatiales. «Aller dans l’espace? Pour quoi faire?» peut-on enten­dre. Pourtant, y avait-il, à l’époque, de meilleures raisons pour se lancer dans une telle aventure? Reculons un peu dans le passé. Le 2 janvier 1959, les ingénieurs soviétiques réussissent à faire décoller une fusée Vostok. Ça a été un événement charnière. Nous avions trouvé le moyen d’échapper à la gravité terrestre, de nous détacher de notre planète, une chose longtemps invraisemblable, car cela impliquait de concevoir un bolide atteignant au décollage la vitesse de libération hallucinante de 11,1 km/s! Il n’en fallait pas plus pour anticiper et rêver de voyages vers la Lune, Mars, Vénus et les étoiles.
Deux ans plus tard, le 12 avril 1961, un premier humain est envoyé dans l’espace. Youri Gagarine effectue alors un vol suborbital de 108 minutes, soit l’équivalent d’une révolution autour de la planète (il était communiste après tout…). Seuls quelques chiens, Laïka, Fléchette et Écureuil pour les nommer, avaient eu avant lui le privilège de voler si haut. On peut cependant présumer que les illustres bêtes ont été plus traumatisées qu’éblouies.

À Washington, en pleine guerre froide, ces premiers exploits spatiaux – toujours soviétiques – en ont chatouillé plusieurs. «Aller dans l’espace? Pour quoi faire?» Pas besoin de lire le «Manifeste du parti communiste» pour comprendre. Le rêve spatial aura été alimenté par l’orgueil des deux puissances dont les discours auront été respectivement soutenus par d’extraordinaires machines de propagande. Rien de scientifique là-dedans, mais beaucoup de politique.

En effectuant un déménagement, j’ai retrouvé une des brochures typiques de la guerre froide. Elle a été produite par l’URSS. (Rare en Amérique!) Elle était distribuée au pavillon de l’Union soviétique du temps de l’Exposition universelle à Montréal. On y faisait l’éloge du courage et des exploits astronautiques des Gagarine, Titov, Féoktistov, Bykovski et Térechkova, première femme dans l’espace. Ils nous étaient pratiquement inconnus. Autre pro­­pa­gande, autres héros? Nous n’en avions alors que pour Apollo et son programme de conquête lunaire. Les noms de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Collins étaient aussi importants pour nous que ceux de Yvan Cournoyer, Rogatien Vachon et Jean Béliveau.

On comprend, au­jour­­­d’hui, qu’Améri­cains et Soviétiques se sont disputés avec super­be ce rêve spatial. Remar­quez que c’est déjà mieux que de se livrer une guerre techno­scientifique à l’ar­me nu­cléaire! La rivalité est-ouest dépassée, l’espa­ce, la Lune, Mars et les étoiles n’ont plus la cote. Pour preuve, mê­me une autre course à l’espace – avec la Chine et ses taïkonautes – ne paraîtrait qu’un vulgaire rema­ke. Un rêve plusieurs fois millénaire dans l’esprit des hommes se serait-il éteint?

À vrai dire, ce rêve est maintenant virtuel et les autres mondes sont fabriqués avec les ordinateurs et les logiciels.

Alors c’est out, l’exploration spatiale? Au moins, on peut avoir un regard global sur notre boule bleue qui flotte dans l’infini, comme chante Daniel Lavoie. Et on aura compris une fois pour toutes que ce monde est bien fragile. C’est déjà pas mal d’être allé dans l’espace pour le constater.

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