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Google Lunar XPrize: Nargués par la Lune

15-02-2018

Poser un robot sur la Lune, lui faire parcourir 500 m, puis transmettre des images en haute définition vers la Terre, tel était le défi que devaient relever les équipes aspirant à remporter le Google Lunar XPrize (GLXP), une compétition lancée en 2007 pour donner un souffle nouveau à l’exploration lunaire. Malgré l’engouement qu’il a suscité, avec la participation d’une trentaine d’équipes issues de 14 pays, le défi s’est révélé impossible à relever avant son échéance officielle, fixée au 31 mars 2018. Aucun groupe ne touchera donc la cagnotte de 20 millions de dollars américains, selon un communiqué publié fin janvier.

Pourquoi un tel fiasco ? Bien que les problèmes techniques pour atteindre la Lune soient considérables, c’est plutôt l’aspect financier qui a eu raison des finalistes. En effet, le lancement à lui seul coûte plusieurs dizaines de millions de dollars, et ce, malgré les progrès technologiques majeurs faits depuis Apollo 11. « Certaines choses ne changent pas. On prend une fusée, on la remplit de quelque chose qui brûle, et puis on se rend sur la Lune ! » indique Richard Léveillé, professeur au département des sciences de la Terre et des planètes à l’Université McGill.

« Le concours était difficile, comme l’ont révélé les multiples reports de sa date limite », remarque Érick Dupuis, directeur du développement de l’exploration spatiale à l’Agence spatiale canadienne. D’abord fixée à 2012, l’échéance du GLXP a ensuite été repoussée quatre fois.

Néanmoins, les concurrents ont rivalisé d’ingéniosité pour concevoir leurs bolides. Pesant de 750 g à 600 kg, les cinq robots finalistes sont de tailles et de formes variables. Trois sont conçus pour rouler, mais les deux autres se déplacent en bondissant grâce à des propulseurs et des amortisseurs.

Tout indique que ces « astromobiles » étaient prêtes pour conquérir la Lune, à commencer par l’étape délicate de l’alunissage. « Puisque cet astre n’a pas d’atmosphère, il est impossible de s’y poser avec un parachute, commente Éric Dupuis. Il faut le faire à la verticale en faisant usage de rétrofusées pour ralentir la descente ». Une fois au sol, les rovers auraient dû affronter l’écart de température extrême entre le jour et la nuit sur la Lune (plus de 350 °C). Pour y arriver, ils peuvent réguler leur propre température, ou encore se dépêcher d’accomplir leur mission avant la tombée de la première nuit, au cas où ils n’y surviraient pas. Ils auraient aussi dû composer avec le sable lunaire, beaucoup plus abrasif que celui sur Terre en raison de l’absence d’érosion sur la Lune. « Si du sable s’infiltre dans un mécanisme, il peut faire beaucoup de dommages », avertit Éric Dupuis.

La mission était donc ardue, mais pas insurmontable, selon Richard Léveillé. Sauf sur le plan financier.

Le nerf de la guerre
L’exploration spatiale coûte cher, et la fondation privée américaine XPrize le sait bien. Elle organisait le GLXP pour « repousser les limites de ce qui est possible afin d’améliorer le monde ». Toutefois, elle poursuivait aussi d’autres objectifs moins romantiques, comme « réparer une défaillance du marché » et « attirer l’investissement dans un nouveau secteur ». La fondation exigeait qu’au moins 90 % du financement des équipes participantes provienne d’investisseurs privés. Les concurrents devaient donc convaincre des gens d’affaires de les aider, car même la bourse allouée au gagnant n’aurait pu suffire à couvrir leurs frais.

Pour amasser de l’argent, les équipes ont fait miroiter à des investisseurs les occasions d’affaires, là-haut. La Lune regorge d’hélium-3, un gaz très rare sur Terre qui servirait de combustible pour produire de l’énergie nucléaire sans déchet radioactif. Il y a aussi de l’eau, un précieux ingrédient dans la fabrication de carburant destiné à des opérations spatiales partant de la Lune. De nombreuses équipes ont fait valoir qu’elles resteront dans l’industrie après le concours afin d’exploiter ces ressources.
Toutefois, peu d’investisseurs y ont trouvé leur compte. Au fil des années, plusieurs abandons et fusions ont ponctué la compétition. La débâcle était si importante que, en 2015, les organisateurs ont lancé un ultimatum aux concurrents pour s’assurer de leur sérieux : au moins une équipe devait signer un contrat de lancement avant la fin de l’année. SpaceIL, une équipe israélienne, y est finalement parvenue.

Mais, en 2016, la majorité des concurrents ont échoué à se conformer à l’exigence, alors étendue à tous les participants, de réserver une place sur une fusée. Parmi eux se trouvait une équipe canadienne nommée Plan B, menée par un duo père-fils de Vancouver. L’élagage réalisé par les organisateurs laissait alors cinq finalistes sur les rangs : Team Indus (Inde), Hakuto (Japon), Moon Express (É.-U.), Synergy Moon (collaboration internationale) et SpaceIL (Israël).

Néanmoins, le manque d’argent pesait lourd sur les concurrents. En décembre dernier, SpaceIL a lancé un appel aux investisseurs pour 20 millions de dollars supplémentaires; cela est resté sans réponse. Début janvier 2018, il a été annoncé que la fusée qui devait emmener le robot de Team Indus dans l’espace ne décollerait pas, faute de fonds. L’équipe japonaise, qui expédiait son rover à bord du même appareil, a dû elle aussi faire une croix sur sa participation.

Au bout du compte, le concours estime tout de même avoir rempli son objectif. Les cinq équipes finalistes continuent leurs activités. Le robot de Hakuto est fin prêt pour la Lune. Moon Express désire ramener des échantillons du sol lunaire d’ici 2020. SpaceIL réitère même son intention d’aller sur la Lune plus tard en 2018. Avec ou sans concours, la reconquête de l’astre nocturne est bel et bien lancée.

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