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Si les tests de dépistage de la COVID-19 ont beaucoup changé entre 2020 et aujourd’hui, c’est grâce à des médecins et des chercheurs qui ont réussi à les adapter aux besoins de la population.
À la base de toutes les décisions prises au cours de la pandémie se trouvent les données fournies par les tests de dépistage. Sans ces informations, impossible de connaître la progression du virus, la proportion des cas qui nécessitent une hospitalisation ou l’efficacité des mesures sanitaires.
Mais pour avoir de bonnes données, encore faut-il réussir à rejoindre la population et la convaincre de passer ces tests. Pour y parvenir, plusieurs chercheurs ont travaillé dans l’urgence pour relever le défi du dépistage à grande échelle. Pandémie oblige, ces défis ont constamment évolué au cours des deux dernières années. Si aujourd’hui on se plaint de ne pas pouvoir passer des tests PCR parce qu’ils sont actuellement réservés à certaines clientèles prioritaires, il y a deux ans, c’était plutôt l’inverse.
« Au printemps 2020, il y avait pénurie d’écouvillons et la population était réticente à se faire tester, à cause de l’aspect invasif de la procédure, ce qui nous retardait dans les prélèvements, » rappelle Jeannot Dumaresq, médecin spécialiste en microbiologie et infectiologie à l’Hôtel-Dieu de Lévis.
Soulignons que les premiers tests de dépistage nécessitaient d’aller gratter le fond du nez et de la gorge avec une longue tige, une procédure qui, au mieux, est désagréable, mais au pire, est carrément douloureuse. Ajoutez à cela que certaines personnes, souvent des enfants, doivent passer ces tests à répétition : prélèvements difficiles garantis! « Personne n’aime se faire ramoner le cerveau, caricature le Dr Dumaresq, mais cette réticence entraînait de vrais problèmes, au point où un groupe a été formé pour trouver des méthodes alternatives. »
L’une de ces solutions de rechange est venue de la Colombie-Britannique. Dès l’automne 2020, cette province a été la première à utiliser une autre méthode de prélèvement : le gargarisme. Une vingtaine de secondes avec de l’eau salée au fond de la gorge suffisent pour obtenir l’échantillon permettant à un test PCR de confirmer la présence ou l’absence du virus. « Je trouvais l’expérience de la Colombie-Britannique vraiment intéressante, se remémore le Dr Dumaresq. Malheureusement pour nous, leur méthode de prélèvement avec de l’eau saline n’était pas compatible avec nos trousses de PCR. J’ai donc modifié leur méthode pour employer de l’eau de source. »
Même subtile, cette modification obligeait de confirmer que le test demeurait fiable. À l’automne 2020, le médecin et ses collègues ont comparé des échantillons prélevés par écouvillons et d’autres, prélevés par gargarisme. Résultat après plus de 1 000 patients testés en centre de dépistage : la sensibilité du test par gargarisme était presque identique à celle par écouvillon. Des résultats si impressionnants que les établissements du réseau de la santé ont commencé à offrir la méthode dès mai 2021, six mois avant leur publication dans le Journal of Clinical Virology en novembre dernier. Grâce à ces travaux, on retrouve maintenant ce test, plus simple et apprécié, dans presque toutes les régions administratives du Québec. « Pour le moment, le gargarisme n’est pas validé pour autre chose que la COVID-19, précise le Dr Dumaresq, mais éventuellement il le sera pour d’autres virus respiratoires. »
Apporter le test dans les écoles
Les défis à surmonter pour faciliter l’accès aux tests ne concernaient pas que la technique; ils étaient aussi organisationnels. Et l’un des casse-têtes les plus médiatisés a été celui du dépistage dans les écoles.
« Au début de la session d’automne 2021, lorsqu’un cas de COVID-19 était détecté dans une classe d’enfants au primaire, on n’isolait plus l’ensemble de la classe comme on le faisait avant, mais on demandait plutôt à tous les enfants du groupe d’aller se faire dépister, rappelle le Dr David-Martin Milot, spécialiste en santé publique et médecine préventive de la Direction de santé publique du CISSS de la Montérégie-Centre. Bien que l’intention était de maintenir les cours, la directive entraînait un gros taux d’absentéisme, car enfants et parents devaient manquer une journée de classe ou de travail pour aller dans un centre de dépistage. Appliquez cela aux 30 enfants de la classe, et la mission scolaire commence à être difficile à réaliser. »
Pour faciliter l’accès à ces tests, le CISSS de la Montérégie-Centre a mis en place un projet pilote de dépistage par gargarisme directement dans les écoles primaires.
« L’idée était que les écoles procèdent elles-mêmes aux prélèvements par gargarisme, explique le Dr Milot. L’équipe de dépistage se déplace une fois pour former le personnel de l’école, et par la suite, notre personnel n’a qu’à aller chercher les échantillons et les rapporter au laboratoire lorsque des dépistages sont effectués. Non seulement cela réduisait l’absentéisme et permettait aux écoles de garder un œil sur le nombre de cas entre leurs murs, mais cela permettait aussi à notre CISSS de faire un suivi plus rapide des éclosions, en plus de laisser la place à d’autres patients. »
À l’automne 2021, une première école primaire participe à l’initiative. Les résultats sont si encourageants que le projet est immédiatement étendu à l’ensemble des écoles de la Montérégie. « Pendant environ un mois et demi, ça a bien roulé, rapporte le Dr Milot. Malheureusement, l’arrivée du variant Omicron a tout fait dérailler. Avec le nombre record de dépistages, on n’était plus en mesure d’envoyer du personnel pour enseigner la méthode, et réaliser les prélèvements devenait trop complexe pour les écoles participantes. C’est donc le dépistage de masse qui a pris la relève. »
Bien que le projet ait été un succès avant son interruption, il ne faut pas s’attendre à ce que le dépistage revienne en classe après le passage de la vague Omicron. « La destinée des projets de dépistages, c’est de répondre aux besoins du moment, conclut le Dr Milot. En septembre 2021, on devait faciliter la vie des écoles, des enfants et des parents, mais au printemps 2022, l’objectif sera la transition post-pandémie. Bientôt, ce sera à l’individu d’avoir la responsabilité de se dépister et de s’isoler s’il éprouve des symptômes, alors que les tests par PCR seront conservés pour les personnes à risque. »
Pour le chercheur, il ne faut toutefois pas penser que l’arrêt du projet signifie qu’il n’a servi à rien. « On a bâti des ponts entre la santé publique, les écoles, et les citoyens, et nos procédures ont permis de préparer les enfants aux dépistages de masse qui ont suivi avec l’arrivée d’Omicron. » Et si le projet a pu donner quelques semaines de répit aux parents et enseignants débordés, il n’aura pas été en vain !
Cet article fait partie de notre série «Métamorphose» qui explore des solutions aux nombreux problèmes et défis révélés par la pandémie de COVID-19.