Dans la forêt, pas de vase clos. Lorsqu’une espèce décline ou prolifère, c’est tout un équilibre qui vacille.
Pour étudier l’interdépendance des espèces, les forêts québécoises sont des terrains de choix. Des arbres aux micro-organismes du sol, chaque être vivant joue un rôle crucial dans le maintien de l’équilibre global.
Les recherches de François Lorenzetti, professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), l’illustrent bien. Il étudie depuis plusieurs années les castors du parc national de Plaisance et leur influence sur la dynamique forestière. Ces rongeurs raffolent des frênes, qui sont quant à eux ravagés par l’agrile, un insecte exotique, qui ronge ces arbres de l’intérieur.
« Le frêne est une essence importante des milieux riverains ; la mort d’un grand nombre de ces arbres peut avoir des impacts en cascade sur terre comme dans les cours d’eau », observe le chercheur. Devant la perte du « snack » préféré des castors, l’équipe du parc de Plaisance a fait appel à François Lorenzetti pour évaluer les perturbations liées au remplacement des essences d’arbres, notamment sur la taille des très nombreuses colonies de castors du parc. Selon les travaux menés jusqu’ici, la disparition des frênes pourrait bien faire décroître les populations de castors et modifier leur comportement alimentaire. Pour l’équipe, le « frêne constitue une espèce clé de voûte tant pour la biodiversité animale que pour la composition forestière, par l’entremise de son effet sur les castors ».
La livrée des forêts est un autre insecte qui menace nos forêts. Valentina Buttò, professeure en sciences forestières à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), suit sa progression à partir d’images satellites. « J’essaie de mesurer les pertes de production de bois à partir du ciel », résume-t-elle.
En effet, la chenille de la livrée attaque la canopée des arbres, qui doivent alors puiser dans leurs réserves pour produire de nouvelles feuilles. « Cela se fait aux dépens de leur croissance », note Valentina Buttò. Notamment au détriment du bois de soutien, qui perd potentiellement en densité – ce que la chercheuse compte vérifier expérimentalement dans des forêts ayant subi des épidémies plus ou moins sévères. « Toutefois, le vrai problème, c’est quand l’épidémie s’ajoute à la sécheresse et au gel », dit-elle. L’arbre n’ayant plus les moyens de résister à ces stress supplémentaires, il risque alors d’en mourir. Indirectement ou directement, une épidémie de livrées des forêts diminue la production de bois et peut donc causer d’importantes pertes pour l’industrie forestière. Les travaux de la chercheuse permettront d’intégrer ces pertes dans les projections de récolte de l’industrie.
« Avec les changements climatiques, la défoliation sera récurrente », croit-elle. Grâce à de meilleures connaissances, de nouvelles pratiques sylvicoles pourraient être implantées, pour créer des paysages forestiers résilients et pour les exploiter de façon responsable. « En particulier face aux changements climatiques », conclut Valentina Buttò.
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