Les interactions entre humains et animaux sont tellement profondes qu’en étudiant les uns, on en apprend sur les autres.
De chasseur-cueilleur à éleveur de bovins, l’être humain a toujours compté sur les animaux, voire les a toujours exploités. Cela ne l’a pas empêché d’en considérer certains comme des compagnons, voire des membres de la famille. « La question de l’attachement se pose à toutes sortes d’espèces, du cheval au cochon, mais je m’intéresse plutôt aux propriétaires d’animaux domestiques », indique Catherine Amiot, professeure de psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On a tendance à croire que la relation profonde qui lie quelqu’un à son animal de compagnie est une garantie de bien-être. La chercheuse est plus nuancée : elle rappelle que les compagnons à poils peuvent aussi être des sources de stress, et qu’ils demandent du temps, de l’énergie et des ressources financières.
Ce n’est pas parce que l’on a adopté un chien en pleine pandémie de COVID-19 que nos angoisses ont disparu, a-t-elle d’ailleurs montré lors d’une récente étude. Parlez-en aussi à ceux et celles qui ont des moyens limités pour les soins vétérinaires ou qui sont aux prises avec de lourdes responsabilités familiales. De plus, nos relations avec les animaux « peuvent être harmonieuses ou conflictuelles, comme celles entre divers groupes sociaux », ajoute Catherine Amiot.
Son but : mieux comprendre dans quelles conditions les animaux peuvent – ou non – améliorer le bien-être. Lors d’une récente étude, la chercheuse a demandé à des propriétaires de chiens d’accomplir des exercices de méditation attentive, ou bien de simples tâches, en présence de leur animal. Le fait de s’ancrer dans le moment présent favorisait la satisfaction et les liens. « Nous avons constaté un plus grand bien-être, même sans interactions directes. À l’inverse, des recherches avaient montré un lien entre le niveau de stress du maître et celui du chien, tout à fait capable de lire le non-verbal. » À méditer avant de se procurer un compagnon à l’animalerie ou à la SPCA !
Liens multiples
Au-delà des animaux de compagnie, les liens qu’une communauté entretient avec la faune peuvent aussi être complexes. L’exemple du phoque est éloquent. Comment composer avec la présence grandissante des phoques aux Îles-de-la-Madeleine ? Par exemple, comment maintenir les activités de pêche ? Peut-on leur interdire l’accès à certains secteurs ? Ou, à l’inverse, bloquer certaines zones à la population pour les protéger ? Nathalie Lewis, sociologue de l’environnement à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), aborde ces questions de manière systémique. « Les phoques ont peu ou pas de prédateurs, mais ils ont aussi de moins en moins de banquises pour se reproduire », dit-elle.
Elle cherche à comprendre les rapports entre humains et pinnipèdes, au sein d’un milieu en évolution. « La nature est centrale, et les êtres humains en font partie. Croire que nous sommes supérieurs entraîne une domination aveuglée par le profit et, à l’inverse, ceux qui refusent de modifier la nature ne comprennent pas qu’on le fait depuis toujours. »
La détentrice d’une maîtrise en sciences politiques observe aussi que la relation à la chasse comporte sa part de paradoxes. « Selon les milieux, la chasse ne soulève pas le même type de polémique, comme on l’a vu avec l’abattage de cerfs du parc Michel-Chartrand, à Longueuil. Aux Îles, quand on tue un phoque, on utilise tout, et un boucher a même développé des techniques pour apprêter la viande, qui s’inscrit dans une perspective du “manger local”. » Bref, le phoque est un révélateur d’une multitude de liens où l’éthique, l’écologique et le politique s’entremêlent.
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