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Pauvreté, violence, itinérance, décrochage scolaire, gestation pour autrui : les problèmes qui affectent nos sociétés sont nombreux et, au fil du temps, changent de visage au gré des mutations de nos valeurs, de nos identités et de nos milieux de vie. C’est ce que des scientifiques cherchent à analyser, dans une perspective multidisciplinaire, à travers les ouvrages de la collection Problèmes sociaux et interventions sociales des Presses de l’Université du Québec (PUQ). Cette dernière fut créée par Henri Dorvil, travailleur social, docteur en sociologie et professeur à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il la codirige aujourd’hui avec Guylaine Racine, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal (UdeM). La collection publiera son 100e ouvrage en 2019. Pour nous permettre de mieux saisir les défis de la recherche en travail social, des auteurs répondent à nos questions.

Henri Dorvil. Photo: UQAM/Émilie Tournevache

Qu’est-ce qu’un problème social?
«Un problème social est un processus construit et ne relève pas d’un consensus ; ce sont plutôt des individus dominants qui définissent les comportements qui “posent problème” aux bien-pensants, ceux qui établissent les limites à ne pas dépasser, définit Henri Dorvil. Ce sont ces mêmes individus qui “problématisent” les conditions de vie de ces groupes marginalisés. Seulement deux catégories de personnes ont réussi à échapper à ce processus : des catégories de genre, experts de leur identité sexuelle, et d’anciens patients devenus pairs aidants.»

Historiquement, comment les problèmes sociaux ont-ils été abordés au Québec?
«En 1960-1970, on s’en remettait à l’État-providence pour régler de manière massive les problèmes en oubliant les singularités des personnes, explique Marcelo Otero, professeur de sociologie à l’UQAM. On fonctionnait avec des catégories stéréotypées : le toxicomane, la prostituée, l’itinérant. En 1980, on a assisté au retrait de l’État. Toutes les catégories de personnes vulnérables devaient alors se prendre en main. À partir des années 1990, on a compris qu’une personne a plusieurs dimensions. On tente maintenant de concevoir des politiques en ce sens. Toutes les professions du social : travailleurs sociaux, sociologues, intervenants communautaires, etc., doivent penser à des manières nouvelles d’intervenir dans une société où l’individu prime sur la collectivité. Mais le risque est toujours le même, celui de tomber dans la psychologisation des problèmes sociaux.»

En quoi la recherche a-t-elle fait évoluer la profession et la discipline du travail social?
«Les connaissances ont été construites avec les milieux, dans un souci constant d’améliorer des pratiques en créant une foule d’outils, indique Céline Bellot, directrice de l’École de travail social de l’UdeM. Par contre, il y a eu peu de recherches sur la nature scientifique du travail social. C’est un manque, mais on y remédie avec les jeunes formés au doctorat en travail social.»

Peut-on parler d’avancées notables?
«Avec la recherche qualitative, on tient compte du regard des gens, de leur situa- tion individuelle dans la construction des savoirs ; ils ont leur mot à dire, affirme Marcelo Otero. On le voit par exemple avec la création de comités d’usagers dans les établissements de santé.»

Quelles sont les retombées du travail social sur la vie communautaire?
«L’essence du travail social est le vivre-ensemble, déclare Elisabeth Greissler, professeure à l’École de travail social de l’UdeM. Ainsi, avec les jeunes de la rue, on a dépassé la vision caritative, misérabiliste qui met l’accent sur le danger et les interventions coercitives. Notre analyse de l’expérience de la rue chez les jeunes est devenue plus riche et complexe. On peut mieux accompagner la construction identitaire des jeunes, réduire les méfaits, créer des ponts entre les institutions, lutter contre la stigmatisation et améliorer la cohésion avec les autres citoyens.»

Quels sont les enjeux majeurs aujourd’hui?
«Il faut se pencher sur le financement de la recherche en travail social, dit Céline Bellot. En coconstruction de connaissances, il y a beaucoup de travail à faire avec les milieux de pratique en amont et en aval de la recherche. Il faut en tenir compte dans la façon d’accorder les subventions.»

«On doit aussi garder une perspective critique sur les données probantes, très en vogue actuellement, parce qu’elles s’attaquent à ce qui est le plus visible, mais mettent de côté des personnes», croit Elisabeth Greissler.

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