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Santé

Est-ce la fin de la poignée de main?

01-05-2020

Le salut vulcain. Photo: Gage Skidmore/Wikimedia Commons

Au micro d’un balado du Wall Street Journal, le Dr Anthony Fauci, leader scientifique dans la guerre contre le virus aux États-Unis, confiait «qu’il valait mieux ne plus jamais se serrer la main», lors du retour à une vie «normale».

Le conseil de cet expert des maladies infectieuses sera-t-il suivi? Surtout que ce n’est pas la première fois que cet usage est questionné.

On sait depuis longtemps que les mains représentent un «véhicule» important de microbes grâce, entre autres, à Ignaz Philipp Semmelweis, un médecin hongrois. En 1847, il a remarqué un taux élevé de mortalité chez les femmes qui accouchaient à l’hôpital. Elles décédaient de la fièvre puerpérale, une infection bactérienne qui atteignait l’utérus.

Le médecin dissipe le mystère et comprend finalement que les étudiants qui performaient des autopsies transportaient ensuite des pathogènes sur leurs mains jusqu’à l’unité obstétrique. En exigeant que les étudiants se lavent les mains, le médecin a fait baisser le taux de mortalité drastiquement de 18,27% à 1,27%.

Remises en question

L’information a circulé. Si bien qu’en 1929, dans The American Journal of Nursing, une infirmière américaine se demandait pourquoi on perpétuait «cette coutume [de la poignée de main] qui n’est pas justifiable du point de vue sanitaire». Elle y affirmait également «que l’espoir réside dans la sensibilisation des gens quant au danger des infections transmises par les mains».

En 2014, dans The Journal of the American Medical Association, des chercheurs et médecins américains publiaient une lettre d’opinion dans laquelle ils mentionnaient que «les mains des travailleurs de la santé peuvent être des vecteurs, transportant des agents pathogènes provenant de leurs patients» et que la poignée de main est un geste risqué dans ce contexte et devrait être bannie, à tout le moins dans le milieu de soins.

Pas facile de déloger une habitude sociale ancrée depuis longtemps dans les mœurs. «On retrouve ce geste dès l’Antiquité, remarque Laurent Turcot, professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il servait à montrer la hiérarchie sociale des uns par rapport aux autres. À l’époque de la Renaissance, c’était aussi pour prouver qu’on venait sans armes. Plus tard, à partir du 19e siècle, la poignée de main signifiait qu’un accord économique avait été conclu.»

Dans notre société moderne, la poignée de main est ce lien créé lors d’un premier contact avec une personne. Ou encore, on s’en sert pour sceller l’issue d’un match sportif (pensez aux séries éliminatoires au hockey).

Avec la pandémie de COVID-19, «on associe la poignée de main à quelque chose de dangereux au point de vue médical. Peut-être qu’on la laissera tomber peu à peu?», avance Laurent Turcot.

Des solutions de rechange pour se saluer

Photo: Pikrepo

Par quel geste pourrait-on remplacer la poignée de main? Le poing à poing et le high five feraient l’affaire, selon une étude publiée en 2014 dans l’American Journal of Infection Control. Deux fois moins de bactéries sont transmises lors de ces contacts que lors d’une poignée de main traditionnelle.

Parmi les autres solutions : le footshake (taper le bout de son pied contre celui de l’autre), le salut de la main ou le salut vulcain (en référence à l’univers Star Trek). «On peut aussi simplement se saluer avec le coude à coude ou encore, comme ce qui se fait dans plusieurs pays asiatiques, en serrant ses deux mains l’une contre l’autre tout en abaissant légèrement le dos», suggère le professeur Turcot.

«Tout ce qui est nécessaire, c’est un acte de salutation. On n’a pas besoin qu’il soit physique», ajoute-t-il. Alors, est-ce vraiment la fin de la poignée de main?

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec et du Facebook Journalism Project.

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