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Santé

Des virus à l’abri dans les testicules

05-12-2018

Photo: Pixabay

Les virus tels que VIH, Ebola et Zika profitent d’une faille dans le système immunitaire: ils passent inaperçus en allant s’abriter dans les testicules.

Des travaux publiés par l’équipe de l’hématologue Jean-Pierre Routy, de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill à Montréal, démontrent que les testicules font bande à part sur le plan immunitaire. En effet, les testicules tiendraient lieu de havre de paix pour le virus du sida, par exemple, qui résiste et persiste malgré la trithérapie et même si les analyses indiquent que la charge virale est sous contrôle.

«L’œil, le cerveau et les testicules sont des organes clos avec des systèmes de « privilège immunitaire ». Ces systèmes bloquent la réponse inflammatoire», indique Jean-Pierre Routy.

Ce n’est pas pour rien que les testicules fonctionnent différemment, car c’est ce qui permet à l’organisme de protéger les spermatozoïdes. Le chercheur a observé la présence de protéines PD-1, qui stoppent le système immunitaire dans cette région.

Les scientifiques se doutaient bien que des cellules infectées ou cancéreuses (qui sont connues elles aussi pour déjouer le système immunitaire) profitaient de cette barrière testiculaire pour se cacher. «Chez des enfants qui ont eu une leucémie lymphoblastique, la maladie récidivait plus chez les garçons que chez les filles. On s’est aperçu que les cellules leucémiques restaient dans les testicules, où les médicaments pénètrent moins bien», explique le médecin.

Don de testicules

Comment étudier ce phénomène ? C’est là l’originalité de ces recherches, car obtenir du tissu testiculaire n’est pas chose aisée. Tout a commencé avec Gloria, une personne atteinte du VIH qui voulait subir une chirurgie de réassignation sexuelle. «Nous lui avons demandé si elle était prête à nous donner ses testicules pour les examiner», raconte l’hématologue. Après une réponse positive et une collaboration avec une clinique qui effectue l’ablation de 400 testicules par année, l’équipe a ainsi pu étudier des tissus de patients atteints du VIH, mais aussi de patients sains.

À la suite d’analyse de tissus provenant de 16 patients, l’équipe a découvert de l’ADN viral dans au moins un testicule d’une personne, qui était pourtant traitée avec succès avec un médicament contre le VIH. «Il faudrait des traitements spécifiques aux testicules, par exemple, mais on n’en est pas encore là», dit Jean-Pierre Routy.

Alors que les travaux sur le «privilège immunitaire» se faisaient plus rares il y a quelques années, le potentiel de guérir complètement certaines maladies pousse la recherche dans ce domaine.

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