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Santé

La vitamine D peut-elle aider à lutter contre la COVID-19?

09-06-2020

Photo: Raysonho, Wikimedia Commons

On nous conseille de prendre de la vitamine D depuis des années pour éviter les carences dans les pays moins ensoleillés. En France, l’Académie nationale de médecine recommande depuis le 22 mai d’administrer la fameuse vitamine soleil aux patients atteints de COVID-19. Pourquoi ?

Quelques études ont examiné le rôle de la vitamine D dans le contexte de la pandémie actuelle. Dans une prépublication américaine (non évaluée par des pairs), des chercheurs ont effectué une analyse statistique sur les données d’hôpitaux de 10 pays et ont relevé que les patients de pays au taux de mortalité plus élevé de la COVID-19 comme l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, avaient des taux de vitamine D plus bas que les pays moins affectés. Une étude britannique portant sur 20 pays européens a également trouvé une corrélation entre des niveaux moins élevés de vitamine D et un nombre plus important de cas et décès liés à la COVID-19, de même qu’une analyse transversale irlandaise menée sur la base de données européennes disponibles sur PudMed.

Peut-on en déduire pour autant que la vitamine D aurait un rôle protecteur ? La vitamine D est une prohormone synthétisée dans la peau sous l’effet des rayons du soleil, puis transportée dans le foie et les reins où elle est transformée en hormone active. On connaît son rôle dans l’absorption intestinale du calcium et la santé osseuse, mais elle module également le fonctionnement du système immunitaire, précise l’Académie française de médecine. Dans le cas des patients COVID-19, la vitamine D atténuerait la tempête inflammatoire et ses conséquences et pourrait donc être considérée comme un adjuvant aux autres thérapeutiques, selon l’organisme.

Des études à manier avec prudence

Selon le professeur au département de physiologie de l’Université McGill John White, la vitamine D ne constitue pas un remède miracle pour un patient sévèrement atteint par la COVID, mais le chercheur croit que son apport à un niveau suffisant fournit probablement une certaine protection. « La vitamine D peut agir de deux manières sur l’immunité, explique-t-il. D’abord en stimulant le système immunitaire inné pour tuer ou tout au moins ralentir le virus, mais également en envoyant un signal tendant  à empêcher les globules blancs de libérer trop de cytokines inflammatoires.» Or, la COVID-19 est connue pour provoquer cet orage cytokinique qui peut endommager sévèrement les poumons, provoquer un syndrome de détresse respiratoire aigu et entraîner un décès.

Le rôle d’une déficience en vitamine D face au risque de développer d’autres infections aigües des voies respiratoires a par ailleurs été constaté dans la littérature scientifique. Selon une étude randomisée japonaise, les écoliers recevant des suppléments de vitamine D étaient moins infectés par la grippe A saisonnière que les autres.

Néanmoins, «il faut être très prudent dans l’analyse de ces études [sur un lien entre COVID-19 et vitamine D]», prévient celui qui a dirigé de nombreuses recherches au sujet de la vitamine D. D’autant plus qu’une étude chinoise n’a pu établir aucune corrélation entre l’exposition des patients aux UV et la COVID, selon le chercheur. Par ailleurs, une corrélation statistique observée entre les niveaux de vitamine D et le nombre de cas de COVID-19 ne signifie pas nécessairement qu’il y a un lien de causalité.

Prendre de la vitamine D : une bonne idée ?

En France, l’Académie nationale de médecine recommande d’administrer aux patients atteints de la COVID-19 une dose de charge de 50 000 à 100 000 UI pour les plus de 60 ans carencés, et un supplément de 800 à 1 000 UI par jour pour les moins de 60 ans.

Compte tenu de la latitude du Québec et des restrictions de sortie liées au confinement, le taux de vitamine D des Québécois peut être bas en cette fin de printemps, souligne John White. En attendant des études plus précises sur un rôle éventuel de la vitamine D dans l’arsenal de lutte contre la COVID-19, on peut s’assurer d’un apport adéquat de cette substance essentielle au bon fonctionnement du corps humain.

Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

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