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Sciences

Pourquoi aimons-nous à ce point nos animaux de compagnie?

21-07-2015

Unspash, Pratiksha Mohanty.

Fondateur de l’Institut « d’anthrozoologie », la science des interactions entre humains et animaux, qu’il dirige aujourd’hui à l’université de Bristol, au Royaume-Uni, John Bradshaw étudie les bêtes à poils et leurs relations avec les humains depuis 25 ans.

Spécialiste reconnu du bien-être des animaux de compagnie, il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont In Defence of Dogs: Why Dogs Need Our Understanding (Pourquoi les chiens ont besoin que nous les comprenions) et de Cat Sense, paru en français sous le titre La vie secrète des chats, aux éditions ADA en 2014. Il décrypte pour nous ces liens étroits.

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Pourquoi voulons-nous un animal de compagnie?

L’attachement des humains à leurs animaux de compagnie est un sujet complexe. On s’entoure d’animaux pour de nombreuses raisons, et la façon dont on s’attache à eux dépend fortement du type d’animal et de la raison pour laquelle on l’a choisi. Certains animaux sont recherchés uniquement pour leur beauté – les poissons tropicaux, par exemple –, d’autres pour le statut qu’ils confèrent – chiens de combat ou gros serpents. Mais l’objectif est presque toujours d’avoir un compagnon. Les chiens (mais pas les chats) facilitent aussi les relations entre les gens. Des études ont démontré qu’une personne qui se présente accompagnée d’un chien est considérée comme plus digne de confiance que si elle se présente sans lui. D’ailleurs, beaucoup de gens se font des amis en promenant leur chien!

Qu’est-ce qui nous pousse à aimer un animal?

Sur le plan individuel, on peut considérer que l’attachement s’articule en deux phases distinctes, qui se chevauchent toutefois. En premier lieu vient l’attirance spontanée pour l’animal: notre cerveau réagit devant les chiots et les chatons presque de la même façon que devant les bébés humains. Cela déclenche non seulement une réaction émotionnelle – liée aux hormones de la reproduction et à l’ocytocine –, mais favorise aussi une amélioration temporaire de la dextérité manuelle qui prépare la personne à mieux prendre soin du bébé (animal ou humain). Plusieurs études ont ainsi prouvé que l’on est plus habile à effectuer certaines tâches manuelles après avoir visionné des images «mignonnes», comme des photos de bébés animaux.
Et justement les animaux, même adultes (surtout les chats), ont des traits qui rappellent les bébés – un visage rond, de grands yeux, un large front. Cela éveille chez nous l’instinct de protection, l’envie de pouponner. Le fait que les chats et les chiens aiment jouer est aussi quelque chose de naturellement attirant.

Cependant, cela n’explique pas pourquoi la plupart des propriétaires restent gagas de leurs animaux toute leur vie. On sait encore peu de choses sur les raisons pour lesquelles une telle relation se maintient, mais son développement suit un schéma très proche de celui qui lie les parents à leurs enfants. La plupart des propriétaires d’animaux éprouvent d’ailleurs un chagrin considérable à la mort de leur compagnon, comparable à celui qu’on ressent quand on perd un membre de sa famille.

D’ailleurs, on traite souvent les animaux comme des humains…

En effet, de nos jours, les propriétaires de chats et de chiens les traitent de plus en plus comme des membres de la famille, en les autorisant à dormir dans leur lit, en leur achetant de la nourriture «gourmet» – alors que les animaux étaient autrefois nourris avec des restes – ou encore en déboursant des sommes importantes pour des interventions vétérinaires toujours plus sophistiquées, comme des greffes ou des prothèses.

Est-ce un comportement excessif?

Les opinions sont divisées sur le rôle précis que joue l’animal au sein de la famille, et sur ce qui doit être considéré comme une attitude saine ou non. Certains chercheurs font le lien entre la dévotion croissante des humains envers leurs animaux et la baisse de la natalité dans la plupart des pays occidentaux. Ils suggèrent que les jeunes femmes, surtout, utilisent les animaux comme des substituts aux enfants. D’autres disent que les animaux de compagnie comblent le fossé affectif créé par la fragmentation de la famille nucléaire traditionnelle en cellules familiales plus petites et plus isolées. Mais il n’y a pas de réponse simple à cette question.

Les animaux nous aiment-ils, en retour, autant que nous les aimons?

Sur ce point, il y a une différence importante entre les chiens et les chats. Les chiens s’attachent très rapidement aux humains. Chez des chiens abandonnés depuis peu, on a vu des liens se former aussi rapidement qu’après 15 minutes d’interaction avec une nouvelle personne bienveillante. Les chiens détestent être seuls. Une étude récente a démontré que 85 % des chiens laissés à la maison montraient des signes de détresse, soit dans leur comportement – aboiements, hurlements, mastication, allers-retours, défécation, miction ou vomissement –, soit par des réactions physiologiques, comme l’augmentation du taux d’hormones de stress.
Les chats, qui descendent quant à eux d’une espèce solitaire et territoriale, s’attachent avant tout à un lieu. Cela explique pourquoi certains chats retournent dans leur ancienne maison quand leurs propriétaires déménagent. Cependant, une fois qu’ils se sentent en sécurité sur un territoire familier, ils s’attachent eux aussi aux humains. Cela se traduit notamment par le fait qu’ils se frottent aux jambes de leur maître, l’un des comportements typiques, d’après nos observations, qui maintiennent la cohésion au sein d’une colonie de chats. Les chats restent moins démonstratifs que les chiens, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne s’attachent pas.

Article initialement publié dans notre dossier spécial animaux.

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