Publicité
23-01-2019

Depuis 45 ans, l’anthropologue Carole Lévesque a tissé des liens précieux avec les peuples autochtones.

De l’artisanat à la famille en passant par l’environnement, chez les Cris comme chez les Inuits ou les Mohawks : Carole Lévesque, chercheuse au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), s’intéresse à tous les enjeux liés aux peuples autochtones au Québec avec lesquels elle collabore de façon étroite. Les travaux réalisés ont donné lieu à plus de 150 rapports de recherche depuis 1972.

« J’ai toujours travaillé avec les gens et je suis toujours revenue sur le terrain pour partager les résultats de ces recherches. La réciprocité est importante », affirme Carole Lévesque, qui a passé six ans de sa vie dans différentes communautés autochtones.

Pourtant, à l’époque, c’était mal vu par le milieu de la recherche. « La vision était assez élitiste, paternaliste, et on me reprochait de ne pas faire de la vraie recherche », se souvient la chercheuse, qui a travaillé sans être affiliée à une université pendant une décennie.

Née à Beauharnois, de parents qui n’ont pas été plus loin que l’école primaire, elle croit que ses origines modestes expliquent son côté atypique.

Son destin change à 11 ans. Elle rencontre alors une professeure de littérature de la Sorbonne invitée à son école de village tenue par des religieuses de Jésus-Marie. « Ça m’avait tellement impressionnée ! raconte Mme Lévesque. J’étais revenue à la maison en disant à ma mère que je voulais étudier à la Sorbonne. Je ne savais même pas où était Paris. »

Seize ans plus tard, elle entrait à la célèbre université française pour faire son doctorat. Ses études, elle les a d’ailleurs payées de sa poche, en travaillant au sein de plusieurs communautés autochtones et organismes, notamment la Commission scolaire du Nouveau-Québec et la Société d’énergie de la Baie James.

Elle entre à l’INRS en 1995, puis y crée en 2001 le Réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones DIALOG. Celui-ci compte au- jourd’hui une trentaine de chercheurs issus de près de 20 universités dans le monde, en plus d’étudiants et de membres d’ins- tances et de communautés autochtones.

« Un tel réseau permet à la connaissance de circuler le moins hiérarchiquement possible, explique Carole Lévesque. Ce n’est pas d’un côté les universitaires qui savent et de l’autre les gens des milieux autochtones qui ne savent pas. Nous mettons en valeur les savoirs respectifs et travaillons en mode de coconstruction de connaissances. »

Grâce à ce mode de fonctionnement horizontal, l’anthropologue constate qu’une confiance s’instaure entre les Autochtones et le monde de la recherche. Non seulement ils viennent à elle, mais ils n’hésitent pas à revenir si le besoin se présente.

C’est ce rôle actif dans la réconciliation avec les peuples autochtones qui lui a valu le prix Marie-Andrée-Bertrand en 2016, attribué par le gouvernement du Québec. Il souligne l’ensemble de sa carrière et la qualité de ses travaux, qui ont mené à des innovations sociales d’importance pour le mieux-être des individus et des collectivités.

À 68 ans, Carole Lévesque entame un nouveau projet de coconstruction des connaissances sur la réussite éducative financé par DIALOG et la Fondation Lucie et André Chagnon. « Nous regarderons ensemble la manière dont on apprend et dont on transmet les savoirs en milieu autochtone. »

Elle retournera ainsi fréquemment sur le terrain, sa deuxième maison. « C’est ce qui me donne de l’énergie », dit-elle, un sourire dans la voix.

La production de ce portrait a été rendue possible grâce au soutien du ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec.

Publicité

À lire aussi

Sciences

Rénover l’économie par la créativité

Depuis une quinzaine d'années, pour rivaliser avec la Chine ou le Mexique, les pays développés misent sur l'économie créative.
Les 10 découvertes de 2012

Introns: collecte sélective

Longtemps négligés en génétique, les introns, ces bouts d’«ADN poubelle», seraient des atouts essentiels pour l’adaptation et l’évolution des organismes.
Québec Science 13-12-2012
Sciences

Le système immunitaire, ce livre ouvert

Les agents infectieux ont façonné notre système immunitaire tout au long de son évolution. Luis Barreiro s’intéresse à cette relation de longue date entre les pathogènes et l’humain.
Maxime Bilodeau 14-03-2018