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Sciences

Ces fascinants Vikings

27-06-2019

Image: Shutterstock

On se représente les Vikings comme de redoutables guerriers barbus à la proue d’un navire. Mais ces pilleurs étaient aussi chasseurs, agriculteurs, marchands et navigateurs. Chaque découverte archéologique laisse entrevoir un autre pan de leur histoire.

Christophe Colomb ne s’en doutait pas, mais il était loin d’être le premier explorateur européen à poser les pieds en Amérique. Les Vikings avaient entrepris ce long et périlleux voyage sur l’océan Atlantique dès le 9e siècle, comme l’attestent les vestiges de plusieurs habitations et les artéfacts découverts en 1961 à L’Anse aux Meadows, à l’extrémité nord de Terre-Neuve.

La civilisation viking est difficile à circonscrire. Elle représente une diaspora originaire de plusieurs pays nordiques qui a prospéré de 700 à 1000 environ. Le terme viking ne désigne donc pas une ethnie en particulier, mais plutôt un métier, voire une façon de vivre.

Outre les côtes nord-américaines, ils se sont rendus au Groenland, en Islande, en Italie, en Russie et même en Afrique du Nord à bord de solides bateaux qui arboraient souvent une tête de dragon. Ceux-ci servaient de moyen de transport pour les échanges commerciaux, la guerre et la conquête de nouveaux territoires et faisaient ultimement office de sépulture, un privilège réservé à ceux qui bénéficiaient d’un statut élevé. « Le bateau le plus connu est l’Oseberg, découvert en 1904 en Norvège, mentionne l’archéologue canadienne Michele Hayeur Smith, de l’Université Brown, aux États-Unis. On a trouvé un grand monticule où était enseveli le navire ainsi que deux squelettes de femmes à l’intérieur. C’était très courant d’enterrer aussi des chariots, des traîneaux, des chevaux décapités et de l’équipement de tissage. »

Les Vikings, qui étaient païens, inhumaient leurs morts près des habitations pour qu’ils puissent continuer à participer aux activités des vivants. « On les intégrait aux festivités et on leur apportait de la nourriture », raconte Michele Hayeur Smith.

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Un grand bateau enfoui

La découverte d’un bateau s’avère donc très excitante pour les archéologues, car même si les Vikings en ont construit des milliers pendant leur règne, on en a retrouvé très peu. « Il y a seulement trois navires vikings bien préservés en Norvège, mis au jour il y a longtemps. Pour en apprendre davantage sur ce peuple, nous avons besoin d’en découvrir d’autres », déclare Knut Paasche, archéologue et directeur du Norwegian Institute for Cultural Heritage Research (NIKU).

Son équipe a eu la main heureuse en 2018, en « balayant » à l’aide d’un géoradar un site à quelques kilomètres de la ville d’Oslo. Conçu en partenariat avec un institut spécialisé dans les nouvelles technologies archéologiques, le géoradar motorisé est muni d’un GPS et d’antennes qui envoient des signaux à travers les différentes couches du sol. De quoi effectuer une sorte d’échographie du sol, en somme.

Le site sur lequel ils ont jeté leur dévolu était prometteur. On a déjà exhumé des artéfacts comme des épées et des bijoux sur ce bout de terre appartenant à un cultivateur et sa famille depuis 300 ans, mais les experts de la région croyaient que les activités agricoles avaient détruit toute trace de présence viking.

Ce qu’ils trouvent alors va au-delà de leurs attentes : huit sépultures et cinq habitations longues sont révélées, mais aussi un grand navire de 20 m de long qui se cache sous à peine 50 cm de terre. Celui-ci est-il en bon état ? Les images indiquent que la partie inférieure du bateau serait bien conservée et, selon les premières estimations, le drakkar aurait été construit entre les années 800 et 1000.

Il y a seulement trois navires vikings bien préservés en Norvège. Pour en apprendre davantage sur ce peuple, nous avons besoin d'en découvrir d'autres.

Knut Paasche, archéologue

L’excavation risque d’être délicate. « La machinerie utilisée en temps normal peut détruire des éléments aux alentours. Voilà pourquoi nous préférons employer des méthodes géophysiques, moins invasives, pour faire des recherches », dit le directeur du NIKU. Le groupe collectera ainsi d’autres données géophysiques, à l’aide entre autres de la magnétométrie et de la prospection électrique du sol, au cours de l’été pour mieux comprendre ce qui est en dessous et être prêt au moment des fouilles archéologiques.

« La géophysique nous permet de voir les trous laissés par les poteaux de maison, la cheminée, l’emplacement des lits, etc. Les seules choses que nous ne pouvons observer sont les artéfacts près du sol », souligne Knut Paasche.

Quant au bateau, « si tous les clous sont au bon endroit, nous aurons assez d’informations à son sujet pour le reconstruire, même si le bois a complètement disparu, en utilisant l’empreinte imprimée dans le sol », estime le directeur du NIKU. Lui et d’autres membres de son équipe s’affaireront donc à en bâtir une réplique. Enthousiaste, il assure que peu importe l’état du navire, il s’agit d’une découverte inestimable.

Sur quelles mers ce bateau a-t-il vogué ? On ne le saura jamais, mais il a probablement vécu son lot d’aventures. « Les Vikings partaient en expédition pour s’enrichir », signale Anne-Gaëlle Weber, doctorante en histoire médiévale à l’Université du Québec à Montréal et chargée du cours L’aventure scandinave, des Vikings aux Normands. « S’il fallait choisir les objets qui les caractérisent le mieux, je dirais que c’est la hache, pour le combat, et la balance, pour peser le poids de métaux précieux », ajoute-t-elle.

Il y a quelques années, l’exploration d’anciens vestiges cachés à trois mètres sous la ville de Ribe, au Danemark, a confirmé qu’ils étaient bien plus que de violents pilleurs. Ils étaient d’habiles commerçants, des artisans, des aubergistes et des ouvriers. Dans cette cité, des archéologues danois ont trouvé des milliers d’artéfacts datant du début du 8e siècle : perles, amulettes, peignes, os, etc. Les Vikings entretenaient de nombreux réseaux d’échanges, puisque les perles de verre retrouvées viennent du Moyen-Orient.

Et ils soignaient leur image. « Ils aimaient le clinquant ! » s’exclame Michele Hayeur Smith, qui est également spécialiste des textiles anciens. Les tissus qu’utilisaient les Vikings étaient colorés et constitués d’une variété de tissages. Ils servaient aussi de monnaie d’échange au même titre que le beurre ou le poisson. « Les Vikings possédaient en outre des bracelets d’argent qu’ils coupaient et pesaient pour payer, explique l’archéologue canadienne. Ils étaient exubérants dans leurs goûts vestimentaires et leur choix de textiles. Mais à partir du 12e siècle environ, les tissus deviennent extrêmement monotones, présentent beaucoup moins de couleurs et sont très uniformes. » Ce changement coïnciderait avec la période à laquelle les Vikings se convertissent au christianisme. Sous l’influence de la religion, ainsi que de plusieurs autres facteurs, les Vikings se sont amalgamés au reste de la société, mettant ainsi un terme à leur épopée.

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