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Sciences

Ces requins bien de chez nous

23-08-2019

Image : Ocearch/Rob Snow

Des chercheurs tentent d’en apprendre davantage sur les grands requins blancs qui s’aventurent au large de la Nouvelle-Écosse.

« Personne ne sait combien de requins blancs nagent dans les eaux du Canada atlantique », affirme Robert
Hueter. Cet automne, il aura peut-être des éléments de réponse alors qu’il voguera au large de la Nouvelle-Écosse à bord du navire américain MV Ocearch. En compagnie de plus de 25 chercheurs d’une vingtaine d’établissements − dont trois canadiens −, celui qui agit à titre de conseiller scientifique en chef de la mission traquera ces prédateurs pour mieux comprendre leurs déplacements et en apprendre davantage sur leur alimentation, leur reproduction et leur état de santé.

Depuis 1874, seulement une soixantaine de requins blancs ont été signalés à l’est du pays, selon un rapport du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) de 2006, mis à jour en 2017 par Pêches et Océans Canada. Par mesure de précaution, le COSEPAC considère que l’animal est en voie de disparition dans nos eaux.

Outre l’absence d’estimation du nombre d’individus dans l’Atlantique, plusieurs mystères subsistent : où l’animal se reproduit-il ? Où se nourrit-il ? Quelles sont ses routes migratoires ? Il était donc temps que les scientifiques se penchent sur cette espèce. En septembre 2018, la biologiste Heather Bowlby, de Pêches et Océans Canada, a réussi à placer un émetteur sur un requin blanc au large de la Nouvelle-Écosse. Une première dans les eaux canadiennes !

Quelques semaines plus tard, l’organisme à but non lucratif Ocearch a pris le relais. Durant les trois semaines d’expédition, sept requins blancs ont été interceptés et plus d’une dizaine d’échantillons − sang, muscle, sperme, etc.− ont été prélevés par individu. « Et tout ça en 15 minutes top chrono ! » s’exclame Maeva Giraudo, docteure en biologie moléculaire et toxicologie environnementale, qui a participé à l’échantillonnage de deux requins blancs depuis la plateforme spécialement conçue pour hisser les requins hors de l’eau. Cette technique d’échantillonnage ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique, pas plus que le côté sensationnaliste d’Ocearch, qui crée des comptes Twitter pour chacun des requins étiquetés. Il n’empêche, l’organisme a le mérite de mettre à la disposition de tous les données GPS de ses requins (dont Brunswick, un mâle marqué en février 2019 dans le sud des États-Unis et localisé en juillet dernier au large des îles de la Madeleine) et d’inviter gratuitement à bord les scientifiques avec lesquels il collabore depuis 2007.

Pour Robert Hueter, la mission canadienne de 2018 a été un succès. Il précise d’ailleurs que, selon les analyses préliminaires, le niveau de stress physiologique des requins diminue au cours des 15 minutes d’échantillonnage. « Tous les requins dotés de balises satellites sont en bonne santé et se sont ensuite déplacés vers le sud [au large des États-Unis] », mentionne le chercheur. Le premier requin blanc marqué au Canada a suivi un trajet similaire, indique Heather Bowlby, qui dirige depuis 2016 le laboratoire de recherche sur les requins du Canada atlantique.

Le sud de la Nouvelle-Écosse, où se situent différentes échoueries de phoques, serait une zone d’alimentation de ces animaux, s’accordent à dire Robert Hueter et Heather Bowlby. D’après cette dernière, les populations croissantes de phoques gris attireraient de plus en plus de requins blancs, qui s’alimentent habituellement dans la région de Cape Cod. L’hiver, tous les requins se rejoindraient au large de la Floride, pense M. Hueter.

Les requins du Saint-Laurent

Les requins blancs ne sont pas les seuls requins à s’aventurer près des côtes canadiennes. En fait, six autres espèces fréquenteraient le Saint-Laurent : le requin pèlerin, le requin du Groenland, le requin bleu, le requin maraîche, l’aiguillat commun et l’aiguillat noir. Répertoriés pour la dernière fois en 1963 par Wilfred Tempelman dans le Journal of the Fisheries Research Board of Canada, ils y seraient toujours présents, au dire du directeur scientifique de l’Observatoire des requins du Québec, Jeffrey Gallant.

Depuis 2007, il étudie le deuxième requin carnivore pour ce qui est de la taille après le requin blanc : le requin du Groenland. Un animal discret qui, selon une étude publiée par d’autres chercheurs en 2016 dans Science, pourrait vivre au-delà de 272 ans ! Contrairement à l’équipe d’Ocearch, Jeffrey Gallant ne hisse pas ces requins des profondeurs hors de l’eau. Il va plutôt à leur rencontre en plongée afin de les équiper d’une balise acoustique à l’aide d’une lance.

Mais depuis 2012, il n’a plus observé ces requins à Baie-Comeau. « Et l’on ne peut pas expliquer pourquoi », se désole le plongeur. De retour de sa campagne d’échantillonnage, réalisée dans les eaux plus profondes de Baie-Comeau, Jeffrey Gallant analyse actuellement les images obtenues par son nouveau sonar à balayage latéral dans l’espoir de détecter ces centenaires. Heather Bowlby a aussi innové cet été en misant sur une nouvelle technique de marquage qui permet d’attirer les requins en surface sans les attraper.

De leur côté, Robert Hueter et Maeva Giraudo se demandent si les requins blancs marqués en Nouvelle-Écosse en 2018 seront de retour cet automne, particulièrement Luna, une femelle adulte d’environ 4,5 m de long à laquelle ils se sont attachés instantanément.

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