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Sciences

Dans le dédale de nos souvenirs

04-01-2018

Comment les souvenirs s’impriment-ils dans le cerveau ? Où sont-ils stockés ? De nouvelles techniques font littéralement la lumière sur ces questions qui tourmentent la science depuis des siècles.

«Je veux savoir pourquoi je me souviens de tout. Je pense constamment au passé. C’est comme un film qui ne s’arrête jamais. La plupart des gens pensent que c’est un don, mais pour moi c’est un fardeau », écrit Jill Price, une Américaine alors âgée de 34 ans, en juin 2000, aux neurobiologistes de l’université de Californie à Irvine (UCI). Son courriel est un véritable appel à l’aide. Depuis ses 11 ans, Jill se souvient de tous les jours de sa vie. Ce qu’elle faisait le 4 octobre 1982, ce qu’elle portait le 22 mai 1995, le jour où Bing Crosby est mort, la première fois qu’elle a entendu telle chanson ou rencontré telle personne, etc. Le tout, sans effort. Sa mémoire est « continuelle, incontrôlable et automatique », écriront les chercheurs en 2006, dans leur article décrivant ce cas stupéfiant. « Depuis, nous avons identifié une cinquantaine de cas similaires. Ils se souviennent des événements de leur vie personnelle beaucoup mieux que nous, mais ils ne sont pas meilleurs que la moyenne en histoire, par exemple, ni aux tests qui exigent de retenir une liste de mots », précise Craig Stark qui dirige les recherches à l’UCI sur ces personnes dotées de « mémoire autobiographique hautement supérieure » ou HSAM.

Leur apport à la science est précieux. En sondant la matière grise de ces hommes et femmes « calendriers », le chercheur espère décoder les mécanismes du souvenir en général. En 2012, l’équipe de Craig Stark a scruté par imagerie le cerveau d’une douzaine de ces individus. « On a vu que certaines zones associées à la mémoire autobiographique étaient renforcées », dit-il. Rien de majeur, toutefois, et on ne sait pas si ces différences anatomiques sont une cause ou une conséquence de leur « don ».

Le cerveau HSAM stocke-t-il plus de souvenirs ? Ou est-il simplement meilleur pour aller rechercher l’information ? Autrement dit, le passé de chacun s’enregistre-t-il ainsi automatiquement, en quasi-totalité ? Est-ce notre capacité à réactiver les détails qui varie ? Ces questions, Craig Stark n’est pas le seul à les poser. La quête de la « trace mnésique », ou engramme, cette empreinte biologique laissée par nos souvenirs, anime les scientifiques depuis des siècles. Même Aristote s’est penché sur le sujet, suggérant que le siège de la mémoire était dans le cœur, tant certains souvenirs ravivent les émotions.

Illustration: Wenting Li

>>> Lire la suite de ce reportage dans le magazine de janvier-février 2018.

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