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Sciences

Des algues plein l’assiette

21-07-2016

Cueillies à la main près de la côte, bien souvent en apnée, les algues sont une ressource pour plusieurs petites entreprises du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Alarie, varech, goémon deviennent wakamé, kombu, nori dans les assiettes des habitués de cuisine asiatique.

Chez Merinov, un centre de recherche en aquaculture et en pêcheries basé à Gaspé, on cultive même les algues en serre ! Un nouveau secteur économique en développement ? « Nous travaillons de concert avec des fermes marines pour les aider à trouver les conditions optimales de culture et obtenir une récolte maximale », dit Éric Tamignaux, biologiste, professeur-chercheur et titulaire d’une chaire de recherche industrielle du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) en valorisation des macroalgues marines. Un agronome de la mer, en quelque sorte.

Habituellement réservées à l’élevage des moules, les fermes marines disposent de tout l’équipement requis pour faire croître des algues. L’installation typique est d’abord constituée de deux gros blocs de béton placés au fond de l’eau à une centaine de mètres l’un de l’autre. À ces deux blocs sont attachés des câbles verticaux, chacun relié à des bouées. Entre ces câbles, une corde horizontale est tendue, à quelques mètres sous la surface. Les grandes algues s’y accrochent pour croître. « Ça ressemble beaucoup à la culture des moules mais, dans ce cas, ce sont des boudins d’algues qui s’accrochent à la corde », précise Éric Tamignaux.

Certaines espèces croissent en hiver et au printemps, alors que les moules grandissent plutôt durant l’été. Cela permet aux fermiers marins de faire deux récoltes par an. Mieux, les deux cultures se complètent merveilleusement. « Alors que les élevages de poissons et de mollusques génèrent des déchets azotés et phosphatés, explique Éric Tamignaux, les algues en culture assainissent l’eau en prélevant l’azote et le phosphore pour leur croissance. Placées près des zones côtières, les cultures d’algues pourraient aider à freiner l’eutrophisation due aux surplus de nutriments causés notamment par des activités agricoles. »

La culture des algues se fait en deux étapes. Il y a d’abord la production de bébés en bassins intérieurs. On peut alors contrôler l’éclairage, la température ainsi que les nutriments, et générer nombre de petites algues. La deuxième étape consiste à transplanter ces bébés dans les bassins en pleine mer où l’on ne contrôle plus grand-chose. Les petits plants se fixent alors sur les cordes et l’on espère qu’ils vont « prendre racine ».

« Le CRSNG finance le programme OPTIMAL, continue Karine Berger, nutritionniste chez Merinov. Il vise à mettre en place une industrie algale viable au Canada en aidant à optimiser le rendement à l’hectare des fermes marines. Et bien sûr en valorisant tout ce qui peut être tiré des algues, comme source de nourriture ou de coproduits. De nombreuses molécules à haute valeur ajoutée peuvent en être extraites. Déjà, quelques tonnes ont été récoltées la première année et les stocks seront suffisants en 2017 pour être vendus. Mais on s’attaque à un marché alimentaire largement dominé par les Asiatiques. »

Les algues ont de belles forces nutritionnelles. « Elles sont antioxydantes, riches en polyphénols et en fibres, explique Karine Berger. Les minéraux et les vitamines sont nombreux aussi : magnésium, potassium, calcium, un peu de fer, acide folique, etc. Il n’existe pas d’aliment magique, mais les algues sont un incroyable complément nutritif à notre alimentation habituelle, composée de nourritures terrestres. »

Précisons qu’elles contiennent aussi moins de 1 % d’acides gras, ce qui en fait d’excellents aliments minceur. Elles contiennent plus d’iode que n’importe quel végétal terrestre. En plus, jusqu’à 30 % du poids sec est constitué de protéines. Mieux que le steak !

Selon les spécialistes de Merinov, les retombées de ces travaux sont imminentes et les algues québécoises de culture devraient aboutir dans nos marchés dès l’an prochain. Nous trouverons donc bientôt des algues du Saint-Laurent dans nos sandwichs et nos pots de crème de beauté. On en trouve même déjà dans un gin (le gin Saint-Laurent, distillé à Rimouski) et dans certains chocolats. Et les gens de Merinov promettent une bière aux algues, produite par une microbrasserie de la Gaspésie !

Photo: Merinov

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