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Sciences

Des souris sans ovocytes?

15-09-2016

Décidément, en matière de reproduction, la science fait tomber bien des barrières…

D’abord, dans les années 1990, le clonage a permis de reproduire un animal à l’identique (Dolly, entre autres), sans avoir à passer par une nouvelle fécondation. Ensuite, il y a une dizaine d’années, les scientifiques ont réussi à produire des embryons sans spermatozoïdes, en fusionnant deux gamètes femelles (ou ovocytes). De quoi faire naître des souris issues de deux « mamans » biologiques…Puis, plus tôt en 2016, des scientifiques chinois ont réussi à fabriquer des spermatozoïdes à partir de cellules souches.

Et voilà qu’une étude parue dans Nature Communications le 13 septembre laisse penser qu’on pourrait désormais se passer des ovocytes pour obtenir des embryons.

C’est une surprise de taille, car on pensait jusqu’ici que seul l’ovocyte était capable de « reprogrammer » le spermatozoïde qui le féconde pour utiliser son matériel génétique et donner un embryon viable.

Notez que le spermatozoïde, avec sa tête allongée, son flagelle et son esprit de compétition, est une cellule hautement différenciée. Lorsqu’un spermatozoïde féconde un ovocyte, il doit en quelque sorte perdre son « identité » pour ne devenir qu’une moitié de noyau contenant un demi-génome, capable de donner un embryon… Cette « déprogrammation », complexe, est assurée par l’ovocyte, et lui seul. C’est du moins ce qu’on pensait.

Une équipe germano-britannique, menée par Anthony Perry, de l’université de Bath au Royaume-Uni, vient de mettre ce dogme à mal, en utilisant un spermatozoïde pour féconder une cellule d’embryon de souris (dite haploïde, car ne contenant qu’un demi-génome). L’astuce: les biologistes ont « forcé » des embryons à un stade très précoce, avant la première division cellulaire, à se scinder en deux pour ne présenter qu’une moitié du matériel génétique (tout comme les spermatozoïdes ou les ovocytes).

Non viables, ces cellules embryonnaires ont été fécondées in vitro par des spermatozoïdes… et ont donné, dans de nombreux cas, des embryons qui se sont développés normalement. Des souriceaux en bonne santé ont même vu le jour.

L’intérêt? Il s’agit avant tout d’une prouesse technique, qui en apprend plus aux chercheurs sur les mécanismes entrant en jeu au moment de la fécondation. Certes, comme pour toute manipulation d’embryons, des questions éthiques se posent, mais il n’est pour l’instant pas question d’applications.

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