Publicité
Sciences

La bosse de la musique

20-07-2012

Contrairement aux jeunes filles de son âge, Annabelle* est insensible au charme de Justin Bieber, la pop star des adolescents. Non pas qu’elle ne le trouve pas mignon, mais elle est incapable d’apprécier ses ballades. Tout comme elle ne saisit rien du hip-hop, du rock, du folk ou de toute autre forme de musique. Pourtant, Annabelle, 13 ans, a grandi dans un univers de mélomanes. Sa mère, qui l’a élevée au son de Mozart, a toujours accordé beaucoup d’importance à l’apprentissage du quatrième art. Dès l’école maternelle, la fillette a donc suivi des leçons de musique. Elle a aussi fait partie d’une chorale pendant près de deux ans sans jamais parvenir à chanter avec justesse des airs aussi simples que Frère Jacques ou Joyeux anniversaire.

C’est qu’Annabelle souffre d’un mal étrange: l’amusie. Ce trouble, qui touche environ 4% de la population mondiale, affecte la capacité à percevoir et à produire de la musique. Congénitale, comme c’est le cas pour Annabelle, ou subie à la suite d’un accident, elle se manifeste de différentes façons. «Certains “amusiques” n’arrivent pas à reconnaître des airs familiers ou à discerner les fausses notes, alors que d’autres n’ont aucun sens du rythme ou ne supportent tout simplement pas d’entendre une mélodie», explique Marion Cousineau, stagiaire postdoctorale au Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), situé à Montréal.

L’amusie est au cœur des travaux du BRAMS. La cofondatrice de ce centre de recherche unique au monde, Isabelle Peretz, est non seulement l’une des premières neuroscientifiques à s’être intéressée à cette dysfonction, mais elle est aussi l’une des premières à avoir proclamé l’existence du «cerveau musical». En étudiant les cas de personnes totalement insensibles aux mélodies mais ayant conservé leurs autres facultés cognitives (comme le langage ou la mémoire), la neuropsychologue a démontré que certaines structures cérébrales sont spécifi­que­ment dédiées au traitement de la musique.

Grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IMRf) – une technique qui permet de visualiser l’activité neuronale en mesurant le taux d’oxygène du sang circulant dans le cerveau –, nous savons maintenant quelles zones cérébrales sont stimulées lorsque nous sommes exposés à la musique. «Le cerveau décode la musique, un peu comme il le fait avec les images. C’est la raison pour laquelle de nombreuses structures sont mises à contribution dans le cerveau musical», indique Daniel Levitin, qui dirige le Laboratoire pour la perception, la cognition et l’expertise musicale de l’Université McGill.

Comment résonne donc une mélodie dans le cerveau? Pour écouter un air, nous faisons précisément appel au cortex auditif (qui procède à l’analyse sommaire des notes) et au cortex préfrontal (qui se base sur ce que nous avons déjà entendu afin d’établir des attentes quant à l’harmonie, au rythme et à la tonalité du morceau musical). Si la mélodie répond à ces attentes, ou si elle les transgresse d’une manière agréable, les zones responsables du plaisir s’activent elles aussi. «En ce sens, la musique produit le même effet que la consommation de certaines drogues», note Robert Zatorre, neuropsychologue et codirecteur du BRAMS.

Lire la suite dans le numéro de Québec Science d’Août-septembre 2012.

Illustration: Christiane Beauregard

Publicité

À lire aussi

Sciences

C’est la première fois qu’on observe une collision d’étoiles à neutrons

Grâce aux ondes gravitationnelles, les scientifiques observent pour la première fois une méga collision de deux étoiles à neutrons.
Annie Labrecque 16-10-2017
Sciences

La révolution de la théorie de la relativité

La théorie de la relativité a remis en question notre conception de l'Univers. Le temps peut ralentir, l'espace peut se contracter.
Québec Science 31-03-2010
Sciences

Le cycle menstruel reproduit au labo

Cette plaquette met en relation des cellules provenant d'ovaires, de trompes de Fallope, de l'utérus, de son col, du vagin et du foie.