Publicité
Sciences

La fin du monde et puis après ?

23-11-2012

Que signifie tout ce ramdam autour d’une apocalypse annoncée? Que voulaient vraiment dire les Mayas?

Fin du monde
Sur un petit quai qui s’avance dans le golfe du Mexique, Mateo Morales, ancien ouvrier de l’industrie pétrolière reconverti en pêcheur, lance avec adresse son humble filet dans l’eau bleue; et le remonte, chaque fois chargé de deux ou trois poissons. Autour de lui s’agitent des frégates et des pélicans. C’est septembre et quelques rares curieux flânent le long du rivage sous le chaud soleil du Yucatán. Nous sommes dans le village portuaire de Chicxulub, à une quarantaine de kilomètres au nord de Mérida.

Un tel calme, une telle nonchalance surprennent quand on sait que des milliers de touristes convergeront ici pour assister au spectacle ultime: l’anéantissement du monde, qu’avaient prédit les Mayas. Mateo en rigole d’avance. «Des séismes? Des inondations? La fin du monde, c’est pour les touristes. C’est vous les Américains qui l’avez inventée, dit-il en relançant son filet. Nous, on va juste essayer d’en profiter.»

Le Mexique a officiellement déclaré 2012 l’«année Maya» et une importante campagne publicitaire, menée dans de nombreux pays, mise sur l’apocalypse pour faire pleuvoir les pesos. Les cinq États du sud-est occupés autrefois par les Mayas – Tabasco, Chiapas, Campeche, Yucatán et Quintana Roo –, attendent 52 millions de touristes; et plus de 600 événements – des expositions, des concerts et des célébrations traditionnelles – ont été organisés pour promouvoir la culture de cette fabuleuse civilisation. (…)

Si les Mayas modernes n’ont cure de la fin du monde, leur pays porte pourtant les stigmates d’une véritable catastrophe. Chicxulub se situe en effet au cœur même d’un gigantesque cratère de 180 km de diamètre, formé par l’impact d’une météorite à la fin du Crétacé il y a 65,5 millions d’années. Le choc fut d’une telle violence qu’il entraîna des conséquences inimaginables. Pour les dinosaures et pour 60% des espèces vivantes, cela a été incontestablement la fin.

Temple Bélize
© Joël Leblanc
D’accord Mateo, cela s’est passé avant l’apparition d’Homo sapiens! Mais l’histoire humaine a aussi connu des fins du monde avec tout ce qu’elles comportent de mys­tère. Il y a 3 200 ans, la civilisation hittite, puissant royaume du Moyen-Orient situé dans la Turquie et la Syrie actuelles, s’éteignait après sept siècles de domi­nation sans que l’on pût expliquer pourquoi. Cent ans plus tard, ce sont les Mycéniens, prédécesseurs des Grecs de l’Antiquité et grands vainqueurs de la guerre de Troie, qui subissaient le même sort malgré cinq siècles de hauts faits d’armes.

À la même époque, les souverains du Nouvel Empire d’Égypte assistaient impuissants à l’effondrement de leur pouvoir après des siècles de prospérité. Deux mille ans plus tard, au début du Xe siècle de notre ère, le peuple maya – encore lui –, et la dynastie Tang de Chine disparaissaient à quelques années d’intervalle.

Et si nous étions les prochains? Si notre civilisation – et même l’humanité entière – était arrivée à une fin et que 2012 s’avérait notre dernière année? Ne nous reste-t-il plus qu’à croire les prophètes de malheur et à surveiller la chute d’une comète meurtrière, une inversion polaire ou un tremblement de terre dévastateur provoqué par un alignement planétaire? N’est-ce pas ce qu’annonçaient les prêtres mayas, précisant même que le monde devait s’arrêter ce 21 décembre 2012?

«Oh là! Jamais de la vie!, s’exclame Louise Paradis, archéologue à l’Université de Montréal. Aucun texte maya ne parle d’une fin des temps pour 2012 ou de quelque autre date que ce soit.» Notre pêcheur Mateo aurait-il raison? «La date du 21 décembre 2012, poursuit la spécialiste des civili­sations mésoaméricaines, apparaît dans le “compte long” comme la fin d’un cycle et le début d’un autre, rien de plus que l’équivalent du passage d’un millénaire à un autre pour nous.»

«La fin du monde, c’est un concept indo-européen, renchérit Robert Lamontagne, astrophysicien à l’Université de Montréal et spécialiste malgré lui, depuis quelques années, des catastrophes planétaires. Pour les Mayas, la continuité représentait la norme, la notion de fin du monde n’existait pas.» Si tel était le cas, alors pourquoi cette prophétie a-t-elle été autant relayée? Robert Lamontagne a sa petite idée: «Il est dans la nature des humains de conférer des super-pouvoirs aux peuples disparus et mystérieux. On aime à penser que les civilisations anciennes étaient plus sages que nous, et que leur grand savoir a disparu avec elles. (…)

Le «mayanisme», justement, a émergé dans la première moitié du XXe siècle. Ce mouvement nouvel âge attribue aux anciens Mayas des capacités quasi divines. Il les désigne en outre comme les inventeurs du calendrier mésoaméricain (ce qui est faux) et allègue qu’ils comprenaient la précession des équinoxes (rien ne l’indique). (…)

Soleil Maya«Les Mayas n’étaient pas des “sauvages”, tient à préciser Robert Lamontagne. Ils étaient d’excellents observateurs du ciel. Ils décortiquaient le mouvement des astres pour élaborer des calendriers précis qui avaient une utilité pratique: mesure du temps, récoltes, voyages, navigation, etc. Mais ils n’étaient pas les seuls à le faire. Les Grecs, les Égyptiens et les Babyloniens avaient aussi ce savoir.» (…)

C’ est au milieu du XXe siècle que les hiéroglyphes mayas ont commencé à livrer leurs secrets aux archéologues. On a découvert la fameuse inscription de Tortuguero évoquant la fin du cycle au XIIIe baktun (…).

En 1975, cette fin du XIIIe baktun commença à devenir le sujet de spéculation chez de nombreux auteurs New Age. Selon eux, elle correspondait à une «transformation globale de la conscience». En 1987, Jose Argüelles, auteur états-unien versé dans le mayanisme, annonce officiellement dans son livre Le facteur maya la date de la fin du monde: le 21 décembre 2012 (il ne la verra pas, puisqu’il est décédé en 2011).

«Ensuite, le Web s’est chargé du reste, explique Robert Lamontagne. La croyance a dépassé les rangs des ésotériques et a atteint la toile mondiale. De tous les cataclysmes qui ont été proposés pour la destruction finale, le seul qui soit “mentionné” par les Mayas est un quelconque alignement galactique.

Il correspond au passage du Soleil devant le centre de la galaxie à tous les ans. Les autres éléments apocalyptiques s’y sont greffés par la suite: pic de l’activité solaire, inversion des pôles, super-alignement planétaire, explosion de l’étoile Bételgeuse, collision avec la planète Niribu, éruption d’un super-volcan, etc. Au total une demi-douzaine de catastrophes, toutes plus imprévisibles les unes que les autres.»

La supposée prophétie est donc un ramassis de chimères pour donner un semblant de scénario de fin du monde. Mais malgré ses invraisemblances, pourquoi certains y ont-ils cru ou y croient-ils encore? Et cela, après l’échec notoire de centaines de prophéties de fin du monde, d’apocalypse, d’armageddon qui ont nourri l’imaginaire collectif durant les derniers millénaires. Combien faudra-t-il encore de fausses prophéties pour qu’on cesse d’y porter attention? Pourquoi l’humain cultive-t-il cette angoisse d’une improbable fin?

Lire la suite dans le numéro de décembre 2012

Publicité

À lire aussi

Sciences

Comprendre le vieillissement: où en est la science?

Freiner le vieillissement, prolonger la durée de vie ou même faire rajeunir les organes fatigués : ces rêves de scientifiques un peu fous sont en passe de devenir réalité.
Marine Corniou 18-10-2014
Les 10 découvertes de 2015

Les découvertes de l’année édition 2015

C'est l'heure du rendez-vous annuel avec la science d'ici! Venez consulter notre dossier des découvertes de l’année 2015. Et votez!
Québec Science 01-01-2016
Sciences

Curiosity explore Mars

Après Viking (1976), Pathfinder (1996), Opportunity (2003) et Spirit (2003), la sonde Curiosity a entrepris un périple assez ambitieux sur Mars.
Québec Science 26-12-2012