Publicité
Sciences

Le prix du savoir

06-01-2012

Nous vivons dans une économie du savoir qui repose sur les connaissances, la recherche de pointe, l’innovation technologique et sociale. Dans ce contexte, il serait logique de faciliter l’accès aux études supérieures. Lors de son discours du budget 2010-2011, le ministre des Finances ne se montrait pourtant pas très ambitieux à cet égard. Il se contentait de vouloir maintenir le taux actuel de fréquentation plutôt que de le hausser. L’augmentation des frais de scolarité annonce plutôt un frein à cet accès pour des milliers de candi­dats. Le gouvernement a beau affirmer que 35% de ces hausses seront réinvesties dans l’ajustement du montant des prêts et bourses pour ceux et celles qui en reçoivent déjà (faudra voir…), il n’en demeure pas moins que 40% des étudiants ne bénéficient pas de ces aides. Parmi eux, ce sont les jeunes des classes moyennes aux revenus plus modestes, et surtout ceux dont les parents n’ont fréquenté ni le collège ni l’univer­sité (ils sont plus nombreux au Québec que partout ailleurs au Canada), que les augmentations menacent. C’est une question d’argent, mais aussi de familiarité culturelle.

Actuellement, le taux de fréquentation des études supérieures par les jeunes de 16 à 24 ans est de 43,5% au Québec. Nous nous situons ainsi dans la bonne moyenne canadienne. Sauf qu’avec cette augmentation brutale, l’amélioration de ce taux est désormais inimaginable. Tout comme il est impossible de croire que cette spectaculaire flambée des frais pourrait contribuer à la persévérance scolaire ou, si on veut, à contrer le décrochage. En fait, c’est plutôt l’inverse qui risque de se produire, comme en témoignent des données de recherche probantes. Les étudiants travailleront plus pour payer leurs études et ils négligeront en plus grand nombre leur principal boulot, étudier. Selon Statistique Canada, le taux d’abandon des études universitaires était de 16% au Canada, en 2005: 25% en Alberta, par exemple, mais seulement 11% au Québec où l’on pouvait s’enorgueillir d’afficher le taux le plus bas au pays.
Alors, quel est l’objectif du gouvernement? S’aligner sur le taux de décrochage canadien ou albertain? Lorsqu’un étudiant décroche, c’est environ 30 000 $ qui sont jetés par la fenêtre (c’est ce que coûte annuellement aux contribuables une année d’études universitaires). Sans compter le fait que chaque non-diplômé – parce qu’il a un salaire moindre – rapporte moins en impôts une fois arrivé sur le marché du travail. Y a-t-il quelqu’un qui sache se servir d’une calculatrice, d’une calculette, d’un boulier, au ministère des Finances?

Autre argument avancé par le gouvernement: l’équité. Comme les diplômés universitaires vont gagner beaucoup plus d’argent dans leur vie professionnelle, avance-t-il, il est juste qu’ils déboursent davantage pour leurs études. Mais, depuis belle lurette, l’État québécois a recours à une stratégie d’équité éprouvée qui s’appelle l’impôt progressif sur le revenu. Plus le revenu est élevé, plus le taux d’imposition augmente. C’est comme ça que les diplômés des universités paient leur dû à la société.

Évidemment, pour un gouvernement qui affirme que les contribuables québécois sont écrasés par les impôts et les taxes, et qui a annoncé des baisses d’impôts de 1 milliard de dollars lors de sa campagne électorale de 2007, ce n’est pas le genre de stratégie privilégiée. Le principe de l’utilisateur-payeur est plus facile à vendre que la solidarité et l’équité envers les étudiants de familles à revenus modestes. Si on avait plutôt investi la moitié de cette baisse d’impôts dans les universités, le sous-financement tant décrié par les recteurs n’existerait pas, et les hausses des frais de scolarité ne seraient pas nécessaires.

Cette crise autour des droits de scolarité est aussi révélatrice, selon l’ex-recteur de l’université Bishop’s, M. Robert Poupart, d’un financement inapproprié. «Nos universités sont financées selon le volume d’inscriptions, dit-il. En augmentant le montant que chaque étudiant injecte dans son université, la course aux inscriptions s’amplifie, avec les conséquences que nous connaissons déjà: multiplication des campus des universités régionales dans les grands centres urbains, multiplication des satellites des grandes universités métropolitaines en dehors de leur territoire et souvent à proximité de leurs concurrentes, multiplication des programmes courts ou non contingentés qui ne mènent nulle part.» La Conférence des recteurs pourrait peut-être se pencher sur ce problème du mode de financement, plutôt que de s’associer fébrilement à un relèvement brutal des droits de scolarité.

Illustration : Frefon

Publicité

À lire aussi

Sciences

Art: quand la science mène l’enquête

Dans le petit monde de l’authentification des œuvres d’art, la science peine à faire sa place.
Marine Corniou 28-06-2018
Les 10 découvertes de 2016

[9] Tricoter les neurones

Oubliez les médicaments! Pour reconnecter un neurone, il suffit de l’attraper, puis de l’étirer.
Les 10 découvertes de 2011

Dépister l’alzheimer

Nous disposerons peut-être bientôt d'un test simple et peu coûteux pour diagnostiquer la maladie d'Alzheimer qui touche 500 000 Canadiens.
Marine Corniou 07-12-2011