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Les 10 découvertes de 2015

[9] Mise en échec

30-11-2015

Les chercheurs ont réussi à freiner la progression de la sclérose en plaques chez la souris. Un espoir pour les malades?

Les symptômes sont apparus brusquement, alors que Patricia avait 20 ans. Des engourdissements dans les jambes, qui ne l’ont d’abord pas trop inquiétée. Mais, deux ans plus tard, lorsque sa vision se brouille subitement, les résultats de l’IRM sont sans appel: la jeune femme souffre de sclérose en plaques. «Ce diagnostic fait peur, parce qu’on ne sait pas vraiment ce qui nous attend», se souvient la jeune femme, aujourd’hui âgée de 33 ans.

Et pour cause, cette maladie auto-immune, qui touche environ 15 000 Québécois, est hétérogène et imprévisible. Pour des raisons qu’on ignore, certains globules blancs se retournent contre l’organisme et s’attaquent à la myéline, la gaine qui entoure les nerfs et assure la transmission rapide des messages nerveux. En fonction de la localisation des lésions (ou plaques) dans le cerveau et la moelle épinière, différents symptômes peuvent survenir: maux de tête, troubles de la vision, de la marche, paresthésies (sensations anormales) ou paralysie dans les membres, etc.

«La maladie évolue généralement par “poussées” qui durent entre quelques semaines et quelques mois. Entre ces périodes, le patient se rétablit. Mais, au bout de 10 ou 15 ans, la plupart des malades entrent dans une phase dite progressive, au cours de laquelle le handicap s’installe et évolue, parfois de façon fulgurante», explique Alexandre Prat, directeur du laboratoire de neuro-immunologie au Centre de recher­che du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM).

Alors qu’on dispose de quelques médicaments permettant d’espacer les poussées et de réduire leur intensité en début de maladie, il n’existe absolument rien pour lutter contre la forme progressive. Résultat, environ la moitié des patients ont besoin d’un fauteuil roulant 20 ans après l’apparition des symptômes.

«Il y a un manque criant de traite­ments. Pour l’instant, on ne peut pas prévenir le handicap à long terme», résume le chercheur. Mais ses travaux vont peut-être changer la donne. L’équipe du CRCHUM, en effet, a identifié une molécule qui aide les globules blancs anormaux à pénétrer importunément dans le cerveau, où ils font des ravages. En la neutralisant, les chercheurs ont pu réduire de plus de moitié le degré de handicap chez des souris (mesuré avec une échelle clinique). «C’est la première fois qu’un traitement se montre efficace pour freiner cette progression», s’enthousiasme Alexandre Prat.

Cette molécule, appelée MCAM, est présente à la surface des globules blancs – ou lympho­cytes – agressifs. «Normalement, les lymphocytes ne pénètrent pas dans le système nerveux central. Mais chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, la protéine MCAM leur facilite le passage», explique Alexandre Prat. À la manière d’une ventouse, elle permet aux lymphocytes de s’accrocher aux vaisseaux du cerveau et de franchir la barrière hématoencéphalique, censée filtrer les intrus. «Les lymphocytes anormaux sont en quelque sorte “aspirés” dans le système nerveux central à cause de cette molécule», ajoute-t-il.

Dans une étude parue en mai dans Annals of Neurology, l’équipe a démontré que la protéine MCAM était bien plus abondante sur les lymphocytes des malades lors des poussées que pendant les phases de rémission, preuve qu’il s’agit bien d’un acteur clé de la maladie. Mais la bonne nouvelle, c’est que, en bloquant cette molécule à l’aide d’un anticorps chez des souris atteintes d’un trouble équivalent à la sclérose en plaques, les chercheurs ont pu court-circuiter la progression de la maladie. «On a réussi à la fois à limiter les poussées et à ralentir fortement la progression à long terme», précise Alexandre Prat. Une première!

Car en empêchant ainsi l’intrusion des agresseurs, le traitement agit en amont et prévient la formation même des lésions. «La molécule MCAM est d’autant plus intéressante qu’elle n’est pas spécifique à la sclérose en plaques. Elle pourrait jouer un rôle dans d’autres maladies auto-immunes, comme le psoriasis ou l’arthrite rhumatoïde», se réjouit le chercheur. Une entreprise de biotechnologie, Prothena Corporation, a d’ores et déjà mis au point un médicament anti-MCAM, en collaboration avec le CRCHUM. La première phase d’essais cliniques, sur des volontaires sains, s’est montrée prometteuse et la deuxième phase devrait débuter en 2016 sur des personnes atteintes de psoriasis, une maladie auto-immune de la peau.

Si le chemin est encore long avant que le traitement puisse être proposé aux patients souffrant de sclérose en plaques, comme Patricia, les chercheurs sont optimistes. «On a commencé à tester différents anticorps capables de neutraliser MCAM, dont l’un contient une sorte de “bombe” qui détruit la membrane des lymphocytes anormaux pour les empêcher de sévir», ajoute Alexandre Prat.
La bataille est sérieusement engagée.

L’équipe de chercheurs: Alexandre Prat, Catherine Larochelle, Marc-André Lécuyer, Jorge Alvarez, Marc Charabati, Olivia Saint-Laurent, Soufiane Ghannam, Hania Kebir, Ken Flanagan, Ted Yednock, Pierre Duquette, Nathalie Arbour

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