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Sciences

Oiseaux: un lien entre l’intelligence et les gènes exprimés dans le cerveau

21-03-2018

Photo: Louis Lefebvre

Pourquoi certaines espèces d’oiseaux sont-elles plus innovatrices que d’autres? C’est ce que cherchent à comprendre Louis Lefebvre, de l’Université McGill, et ses collaborateurs, en étudiant des petits pinsons des Caraïbes dont il existe deux espèces cousines: le sporophile de la Barbade et le sporophile cici, le second étant moins performant que le premier pour résoudre des problèmes dans la nature et en captivité.

«La Barbade produit de la mélasse, explique le chercheur, mais beaucoup de visiteurs étrangers n’aiment pas ça. Les restaurants importent donc de petits sachets de sucre blanc raffiné qu’ils placent sur les tables.» Le sporophile de la Barbade, grand amateur de nectar, a vite compris l’intérêt de ces sachets: il les vole et se délecte du sucre qu’il en tire.

En revanche, le sporophile cici n’a, lui, toujours pas compris le truc. «Il est très conservateur, beaucoup moins opportuniste, nous expliquait Louis Lefebvre dans cet article et, quand on le teste en captivité sur la résolution de problèmes, il performe moins bien.» À quoi est due cette différence?

Pour le savoir, le biologiste et son équipe ont comparé l’expression de tous les gènes dans six régions du cerveau des oiseaux des deux espèces, en mesurant la quantité d’ARN.

Comprendre les mécanismes de l’intelligence

Résultat? Ils ont repéré des disparités dans la quantité de récepteurs du glutamate, un neurotransmetteur impliqué dans la communication entre les neurones. La différence était surtout marquée dans les régions du cerveau des oiseaux qui correspondent au cortex préfrontal humain (le mesopallium et le nidopallium).

« La surexpression du récepteur GRIN2B chez des souris transgéniques mène à une plus grande capacité d’apprentissage. Les chercheurs ont observé que le taux de ce récepteur était plus élevé chez le sporophile de la Barbade que chez le sporophile cici », précise le communiqué.

« Cette étude est la première à faire un lien entre les différences de comportement dans le milieu naturel, la capacité à résoudre des problèmes en captivité et le niveau d’expression de certains récepteurs dans le cerveau », expliquent les auteurs dans leur publication parue dans Science Advances.

« Pendant longtemps, on a pensé qu’il n’y avait que le cortex des mammifères qui permettait de faire des choses intelligentes. Le cerveau des oiseaux est très différent : il n’y a pas de cortex, plutôt des « noyaux » que des couches de neurones. Et pourtant, il permet des comportements intelligents », expliquait Louis Lefebvre à Québec Science dans un dossier sur l’intelligence des animaux.

Les prouesses du corbeau, notamment, ont forcé les scientifiques à se rendre à l’évidence: il n’y a pas que les gros cerveaux qui sont capables d’intelligence. C’est pourquoi les chercheurs tentent désormais, à l’instar de Louis Lefebvre, de comprendre ce qui sous-tend l’intelligence des différentes espèces et individus à un niveau moléculaire.

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