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Sciences

Les modèles du vieillissement

23-11-2014

Pour étudier les mécanismes du vieillissement, les chercheurs utilisent les modèles « classiques » de laboratoire, à savoir des souris, des rats, des drosophiles, des nématodes (vers) et des levures…

Mais ils s’intéressent aussi à des animaux (et des populations) plus atypiques.
Réécoutez notre podcast, qui fait le tour de la question.

Le rat-taupe nu

Originaire d’Afrique de l’Est, le rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) n’a pas un physique enviable, mais sa longévité est exceptionnelle. Il peut vivre jusqu’à 31 ans en captivité, soit 5 à 10 fois plus que sa cousine la souris. Et ce n’est pas tout : il ne développe jamais de cancer, ni naturellement, ni en laboratoire lorsqu’on lui injecte des cellules tumorales. Son secret de jouvence est encore bien gardé, mais le séquençage de son génome en 2011 a permis de lever le voile sur certains atouts du rongeur. Ainsi, le rat-taupe possède un gène très actif, appelé p16, qui bloque instantanément toute prolifération anormale de cellules. Et en avril 2014, une étude a lié son étonnante durée de vie à la présence d’une protéine appelée HSP25, qui joue un rôle de sentinelle dans les cellules et élimine efficacement les molécules anormales ou endommagées, avant que celles-ci ne puissent altérer l’organisme.

Méduses et cie

En matière d’immortalité, les méduses et les autres membres de l’embranchement des cnidaires tiennent le haut du pavé.

L’hydre, notamment, un petit polype d’eau douce de quelques millimètres, intéresse depuis longtemps les scientifiques de par sa capacité à se régénérer presque indéfiniment. Elle se reproduit d’ailleurs par bourgeonnement, faisant pousser sur son corps une nouvelle petite hydre, qui se détache ensuite pour vivre sa propre vie. En 2012, des chercheurs allemands ont découvert que le gène FoxO jouait un rôle dans la vitalité et le nombre des cellules souches présentes chez l’hydre. Fait étonnant, ce gène est également présent chez les vertébrés, dont l’Homme, et il semble très actif chez les centenaires…

Dans la même famille, plusieurs méduses possèdent elles aussi ce don « d’immortalité ». L’espèce Turritopsis dohrnii, en particulier, est carrément capable d’inverser son cycle de vie, en cas de famine ou de conditions difficiles. Elle parvient à retourner à l’état larvaire, un peu comme un papillon qui redeviendrait chenille. Quand les conditions deviennent favorables, elle se développe à nouveau en un individu adulte. On ignore encore comment ses cellules parviennent à inverser ainsi le cours du temps…

Les cellules immortelles

Cellules immortelles si l’en est, les cellules cancéreuses ont ceci de redoutables qu’elles deviennent insensibles au vieillissement. Se multipliant indéfiniment, elles parviennent à inactiver les gènes qui contrôlent normalement la mort cellulaire « programmée », ou apoptose. L’exemple le plus célèbre est celui des cellules HeLa, véritables coqueluches des labos, citées dans pas moins de 60 000 publications scientifiques ! À l’origine, elles proviennent d’une mère de famille, Henrietta Lacks, qui a été admise à l’hôpital Johns Hopkins, à Baltimore, pour un cancer du col de l’utérus en 1951. Prélevées sur la patiente, ces cellules particulièrement agressives sont les premières cellules humaines cancéreuses à avoir survécu en culture. Plus de soixante ans après la mort de Henrietta Lacks, les cellules continuent à se multiplier à une vitesse inédite, dans des labos du monde entier…

Des bactéries du fond des âges

Se réveiller frais et dispos après un sommeil de 250 millions d’années. C’est l’exploit qu’aurait réalisé, en 2000, une bactérie retrouvée dans un cristal de sel à 569 mètres de profondeur, dans une mer de sel fossile, à Carlsbad (Nouveau-Mexique). Isolée et plongée dans une solution nutritive, la belle s’est réveillée comme si de rien n’était.

Bien que cette publication du journal Nature ait été vivement critiquée (il pourrait s’agir d’une bactérie moderne ayant contaminé l’échantillon), il ne s’agit pas d’un exemple isolé. Il arrive souvent que des bactéries logées dans le permafrost ou la glace, par exemple, reviennent à la vie après plusieurs centaines de milliers d’années d’hibernation. En 2007, des bactéries d’Antarctique ont même ressuscité après 8 millions d’années passées dans la glace.

Immortelles, les bactéries ? En quelque sorte, oui. Car elles succombent aux sécheresses, à la disette, aux virus, mais elles ne meurent pas de vieillesse. Elles se reproduisent en se divisant, si bien qu’une mère «devient» ses deux filles en se scindant en deux, accédant ainsi à la vie éternelle !

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