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Sciences

Nous sommes tous Neandertal

25-03-2014

L’homme de Neandertal n’a pas totalement disparu. Il vit encore en nous qui avons conservé dans nos gènes les traces d’une fort ancienne hybridation. Il s’avère en effet que les Homo sapiens modernes d’origine européenne ou asiatique ont hérité, en moyenne, de 1% à 3% du génome de leur cousin qui a dominé le monde pendant plus de 200 000 ans avant de s’éteindre il y a environ 30 000 ans. Les Africains n’ont pas de trace de cet ADN dans leur sang, puisque leurs ancêtres n’ont jamais rencontré les Néandertaliens, qui vivaient en Eurasie.

La science ne dit pas tout. Chacun peut alors imaginer les circonstances d’une hybridation qui semble avoir été rare, mais dont les conséquences ont été profondes. Un homme rencontre une femme, quelque part en Eurasie, sans doute au moment où l’espèce est déjà très menacée et sa population, décimée. Ils sont conscients d’être très différents l’un de l’autre; les groupes auxquels ils appartiennent respectivement s’évitent ou se font peut-être la guerre. Mais une union a lieu; un bébé naît, portant les gènes de ses deux parents.

Ici, la science prend le relais: elle nous renseigne aujourd’hui sur le nombre et la fonction de ces gènes échangés, il y a fort longtemps. Récemment, deux études éclairent en effet ces réalités fascinantes. Elles font suite au premier séquençage de l’ADN d’un homme de Neandertal, en 2010, par l’équipe de Svante Paabo de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive, situé à Leipzig en Allemagne, et à des travaux plus détaillés depuis.

Un article de la revue Science, paru le 31 janvier dernier, estime le pourcentage global de gènes du Neandertal qui seraient encore en nous. Au total, concluent les auteurs, une fois mises ensemble toutes les séquences disponibles, 20% du génome de notre lointain parent subsisterait dans les populations modernes. C’est plus que ce qu’on pensait.

L’autre étude, publiée le même jour dans Nature, évalue la part de Neandertal à l’aide d’une autre méthode. Mais elle prouve aussi que cet héritage a été préservé et s’exprime en nous.

Il faut comprendre que, au fil du temps, la sélection naturelle a forcément éliminé de nombreux éléments nuisibles à l’homme moderne. Par contre, ce qui subsiste de Neandertal a dû nous apporter des avantages adaptatifs au cours de notre évolution. En particulier, on peut penser que certains gènes «importés» ont permis à Homo sapiens de mieux s’acclimater à un environnement nordique, très différent de son habitat africain de départ. Ainsi, dans l’article de Nature, le généticien David Reich et son équipe de l’université Harvard démontrent que notre héritage néandertalien est prononcé dans les gènes liés à la kératine, cette protéine fibreuse qui confère force et résistance à la peau, aux ongles et aux cheveux. Des propriétés physio­logiques dont on peut tirer parti pour se protéger dans un environnement froid. Merci pour le cadeau, cousin!

David Reich signale aussi, à l’inverse, que nous semblons avoir hérité de Neandertal quelques défauts, dont la sensibilité à une maladie importante, le diabète de type 2. Mais il ne faut pas oublier que les gènes causant aujourd’hui le diabète ont d’abord donné à nos ancêtres, en permettant l’accumulation de gras dans l’organisme, le moyen de résister à de longues périodes de famine. Ce n’est que dans le monde moderne que cette caractéristique est devenue un handicap, notre corps tournant désormais à vide, pour ainsi dire, tout en continuant d’accumuler le gras alors que cela n’est plus utile à notre survie.

L’homme de Neandertal, un être primitif brutal et limité? Depuis sa découverte en 1856 dans la vallée d’Allemagne qui lui a donné son nom, il n’a cessé de faire voler en éclats nos ridicules idées préconçues. Non seulement s’est-il révélé être intelligent et tout à fait capable de s’adapter à un environnement hostile, mais il nous a légué ses gènes. Et aujourd’hui, il vit encore en chacun de nous!

Photo: SMETEK/SCIENCE PHOTO LIBRARY

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