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Sciences

Où s’en va le pic à dos noir?

20-09-2018

Photo: Wikimedia Commons

L’oiseau pic à dos noir est l’un des grands perdants face aux effets de l’exploitation forestière et des changements climatiques de la forêt boréale.

Une étude prévoit un déclin de 81 à 92% de l’espèce d’ici 2100. Des chercheurs québécois sont arrivés à cette conclusion en modélisant l’impact des changements climatiques et des coupes forestières sur le territoire de la forêt boréale.

Liés aux ministères d’Environnement et Changement climatique Canada et des Ressources naturelles Canada, ainsi qu’à l’Université du Québec à Rimouski, les scientifiques se sont penchés sur le pic à dos noir, car cette espèce est particulièrement sensible aux perturbations environnementales. Elle devient en quelque sorte un indicateur de la biodiversité de la forêt boréale. Ainsi, si cela va mal pour cette espèce, c’est également le cas pour les autres espèces d’oiseaux.

Le pic à dos noir vit principalement dans les vieilles forêts de conifères, les forêts récemment brûlées et celles envahies par des épidémies d’insectes. L’oiseau, opportuniste, profite de la prolifération des bestioles sur les bois morts pour se nourrir.

Junior Tremblay, chercheur spécialiste des oiseaux et des écosystèmes boréaux à Environnement et Changement climatique Canada, connaît bien le pic à dos noir pour en avoir fait son sujet d’étude pendant son doctorat. Auteur principal de cette recherche publiée dans PLOS ONE en février 2018, lui et ses collègues tentent de prévoir l’aire d’habitation de l’oiseau dans un climat en évolution.

« La plupart des études regardent l’aire de répartition géographique de l’espèce et le climat moyen pour prédire où cette dernière habitera lorsque le climat sera plus chaud. Avec nos travaux, on tient compte aussi de plusieurs éléments de perturbation comme les feux, les coupes forestières, les épidémies d’insectes, la croissance des espèces d’arbres, etc. Le climat changera beaucoup et les oiseaux vont se déplacer, mais cela ne signifie pas nécessairement que la végétation suivra ce déplacement. C’est ce que l’on observe dans nos simulations », signale Junior Tremblay.

La menace de l’exploitation forestière

Ces simulations fonctionnent grâce à LANDIS-II, une banque de données rassemblant les mesures colligées par les chercheurs. Plus que le feu ou le changement de croissance des arbres basé sur le climat, c’est la coupe forestière qui a eu le plus d’impact sur la population de pic à dos noir, à la surprise des chercheurs. L’impact seul de «l’exploitation forestière donnerait lieu à une réduction de la productivité de l’espèce de 69% d’ici l’an 2100», lit-on dans l’étude.

Junior Tremblay signale qu’ils ont utilisé des taux de récolte des années 1980 à 2000. « À la suite de la Commission Coulombe [NDLR: chargée d’examiner la gestion des forêts du Québec], le régime forestier a été revu et le taux de récolte a diminué d’environ 20% depuis le début des années 2000, souligne le chercheur. Nos travaux présentent donc un aménagement forestier un peu plus intensif que ce qui est effectué en ce moment, mais il reste important dans nos simulations ».

Pour préserver l’habitat du pic à dos noir, le chercheur propose des coupes partielles et non totales dans les forêts de conifères. «Ce que je souhaite faire avec nos travaux, c’est que ces simulations soient utilisées pour prendre de meilleures décisions quant à l’aménagement forestier et le rétablissement d’espèces en péril». Cet outil aidera donc le pic à dos noir, mais bénéficiera aussi à d’autres espèces animales ou végétales.

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