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Sciences

Passion serpent

08-07-2015

Philippe Lamarre, photo de Donald Robitaille

Alors que certains se plaisent à caresser la douce fourrure d’un chat, Philippe Lamarre, lui, se passionne pour les mygales, les scolopendres, les lézards et les serpents. A tel point qu’il a décidé d’en faire sa carrière: il vient de terminer sa maitrise en génétique des populations à l’Université de Montréal sur… la couleuvre brune! Une évidence, pour celui qui est aussi président de l’Association d’Herpétologie de Montréal (AHM) et élève des pythons dans un local d’élevage spécialisé.

Comment est née cette passion pour les animaux exotiques ?

Au départ, c’était un trip de petit garçon, une curiosité pour ces animaux tellement diversifiés, provenant d’un domaine gigantesque et méconnu sur lequel on découvre sans cesse de nouvelles choses : l’herpétologie! J’ai commencé par avoir des lézards de compagnie, comme d’autres enfants ont eu des poissons rouges. Aujourd’hui, je reproduis plusieurs espèces de serpents destinés à la vente.

A priori, ce ne sont pas des animaux très affectueux. Qu’est-ce qui vous attire chez eux ?

C’est sûr qu’on ne peut pas partager beaucoup de sentiments avec des animaux qui fonctionnent principalement à l’instinct. L’intérêt est surtout contemplatif, sans compter l’aspect «nouveauté» et l’exotisme qui peut attirer les gens curieux et ouverts d’esprit. Contrairement aux idées reçues, les gens ne gardent pas de serpents pour effrayer! En fait, il y a une vraie dichotomie dans la population: soit on est rebuté par ces espèces, soit on est fasciné. Et l’intérêt pour les reptiles est beaucoup moins marginal que ce que l’on pense. Ces animaux fascinent des personnes de tous les âges, de toutes les origines. Il n’y a pas de données officielles sur le nombre d’animaux exotiques au Québec, mais il y a de nombreux de commerces qui sont spécialisés en reptiles à travers la région de Montréal et partout dans le monde, ce qui témoigne d’un engouement certain.

Justement, quelles sont les espèces qui sont autorisées à la vente ? Comment être sûr qu’on ne se procure pas des espèces menacées, par exemple ?

Le commerce des espèces exotiques menacées est réglementé au niveau international. Pour ce qui est des espèces exotiques, au Québec, depuis 1992, les crocodiliens et les serpents venimeux (même si on leur retire les glandes à venin) sont interdits à la vente. Tous les serpents exotiques vendus sont donc des espèces non venimeuses, comme les colubridés (les serpents de la famille des couleuvres), les boas et les pythons.

Si on souhaite acquérir un animal exotique, il faut « faire ses devoirs » au préalable, en consultant diverses sources d’information, dont les associations d’amateurs (AHM) ou les animaleries spécialisées. Ensuite, il est très important d’acheter un animal né en captivité. Je tiens à rappeler que pour chaque animal sauvage vendu, il y en a 10 ou 15 qui sont morts dans le processus de capture, d’exportation, d’importation et de distribution. Pour vous en assurer, achetez vos animaux d’une personne de confiance, spécialisée dans le domaine, qui saura vous conseiller sur l’espèce qui correspondra à ce que vous recherchez comme animal de compagnie.

Est-ce que l’entretien de ces animaux est difficile ?

Pas vraiment. Il faut se procurer du matériel de base pour que l’animal soit en santé et pour recréer les conditions naturelles de son habitat. Il faut donc prévoir un budget d’installation de 250$ minimum selon l’espèce. Ensuite, les frais de nourriture pour les serpents (souris congelées) sont très bas. Ce sont des animaux à sang froid, avec un métabolisme relativement lent, ce qui implique qu’ils mangent moins souvent et salissent leur cage moins souvent qu’un mammifère ne le ferait. Comme pour tous les animaux, il faut bien se renseigner lors de l’achat. Certains serpents peuvent vivre une vingtaine d’années, voir même jusqu’à 35 ans!

Au niveau pratique, il y a des serpents, des tortues et des lézards qui deviennent très grands et dont l’entretien devient compliqué et encombrant. Il est faux de penser qu’un animal gardé dans un petit terrarium demeurera petit. En fait, les animaux gardés dans des conditions trop restreintes ont des troubles de développement, présentent des problèmes chroniques qui vont nuire à leur santé et qui peuvent mener à une mort prématurée. Il est donc très important de choisir une espèce dont la taille adulte conviendra à vos besoins et à l’espace dont vous disposez.

Par exemple, chez les pythons, les boas et même les couleuvres, il y a de petites espèces et des espèces géantes (certains pythons ne feront jamais plus que 2 ou 3 pieds de long, mais le plus gros serpent sur Terre est un python réticulé !). Le python royal (photo ci-contre) est un bon choix : c’est un petit serpent inoffensif de 3-4 pieds, qui est très souvent conseillé comme animal de compagnie, tout comme le serpent des blés, une couleuvre américaine.

Peut-on se procurer des serpents québécois ?

Au Québec, on n’a pas le droit de garder de serpents natifs à l’exception de la couleuvre rayée. Dans la province, les espèces endémiques de reptiles et d’amphibiens sont souvent menacées car leur habitat est fragile et situé dans le sud du pays, dans des zones de plus en plus urbanisées. C’est le cas, par exemple, de la couleuvre brune, une espèce que j’ai étudiée au cours des dernières années.

La population connait très mal ces animaux et est peu encline à les protéger en raison de phobies ou du manque de compréhension envers les reptiles et amphibiens. De plus, beaucoup de fausses informations circulent, et il y a encore des gens qui tuent les serpents car ils ont peur des morsures. Or, il n’y a aucun serpent venimeux au Québec !

L’un des rôles primordiaux de l’Association d’Herpétologie de Montréal (AHM) est d’éveiller la sensibilité des gens à la beauté de cette faune. Qu’il s’agisse des couleuvres, des tortues, des grenouilles ou des salamandres, toutes ces espèces sont fascinantes. Je vous invite donc fortement à vous renseigner, à sortir prendre l’air et à découvrir le monde des reptiles et amphibiens : vous y gagnerez !

Article initialement publié dans notre dossier spécial animaux.

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