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Sciences

Plaidoyer pour l’étude des pénis de canards

18-02-2017

La recherche fondamentale, c’est-à-dire celle qui ne cherche pas à résoudre un problème dans l’immédiat mais à mieux comprendre le monde, est régulièrement attaquée et présentée comme étant futile. Deux chercheurs américains se sont vidé le coeur aujourd’hui au congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences.

Patricia Brennan, de l’University of Massachussetts Amherst, a fait les manchettes pour ses recherches sur les pénis de canard. Au départ, elles ont ont suscité un intérêt positif dans les médias (dont Québec Science, qui vous a présenté un article sur le sujet en 2013, dans le cadre de son numéro sur le sexe).

Puis, ça a dégénéré. Le New York Post, par exemple, titrait en décembre 2013:

Autre exemple: sur le site de Fox News, plus de 85% des internautes ont dit trouver que ses recherches constituent un gaspillage des fonds publics.

Pourtant, comprendre les mécaniques de la reproduction animale est important, argue la chercheuse. Des études sur le mode de reproduction de la lucilie bouchère (une mouche) ont permis de développer une technique pour contrôler ce parasite: en stérilisant les mâles. « On économise des millions aujourd’hui grâce à ces travaux. Mais tout ce que les gens veulent savoir, c’est si ça va sauver des vies humaines ou si ça va rapporter de l’argent. »

Quant au biologiste marin David Scholnick, de la Pacific University, il a fait sensation quand une vidéo d’une crevette sur un tapis roulant dans son laboratoire a été diffusée sur YouTube (voir la vidéo au bas de cet article). Il a été invité sur de multiples plateaux de télévision, avant de finalement être accusé à son tour de gaspiller les deniers publics.

Son tapis roulant, qui a coûté 47$, lui servait à étudier le comportement des bactéries dans le corps des crevettes malades. « Avec le temps, j’ai réalisé qu’à peu près tout ce que je fais peut être tourné en ridicule. C’est pour ça que je dois bien expliquer ce que je fais. »

Ces deux scientifiques en sont venus au constat qu’il leur revient de défendre leur travaux. « Ce ne sont pas des attaques contre les crevettes ou les pénis de canard, ce sont des attaques contre la science », a dit Patricia Brennan.

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