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Sciences

Plongeon dans la plus grande collection d’hippocampes du monde

20-03-2020

Image: Shutterstock

Les hippocampes peuplent les eaux chaudes du globe. Mais ce sont nos froides latitudes qui accueillent la plus vaste collection de spécimens séchés.

À l’entrée du Musée Redpath, à Montréal, deux hippocampes exposés dans une vitrine attirent l’attention des visiteurs. On apprend que la collection de chevaux de mer de l’établissement compte plus de 12 000 spécimens.

Celle-ci n’est malheureusement pas présentée au grand public. Pour y jeter un coup d’œil, Québec Science suit Anthony Howell, technicien en zoologie et gestionnaire des collections, dans le sous-sol du musée mcgillois. Après le passage de la porte sécurisée, une odeur indescriptible surprend nos narines. Selon notre guide, la température chaude maintenue dans cette section du bâtiment et la présence d’une trentaine d’animaux empaillés y sont pour quelque chose. Un peu plus loin, nous nous arrêtons devant une grande armoire grise où sont cachés les hippocampes, classés en une vingtaine d’espèces et ensachés. Ils proviennent d’un peu partout dans le monde : Indonésie, Hawaii, Chine, Nouvelle-Zélande et Brésil entre autres.

Cette collection a commencé en 1996 avec les travaux de la chercheuse Amanda Vincent, qui travaillait alors à l’Université McGill (elle est rattachée à l’Université de la Colombie-Britannique depuis 2002). Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce fut elle qui, pour la première fois, étudia les hippocampes sous l’eau ! Elle a également cofondé Project Seahorse, un réseau de scientifiques voué à la conservation des écosystèmes marins et plus particulièrement des hippocampes, qui sont durement touchés par les changements climatiques et le braconnage. Ce travail l’a amenée à l’autre bout de la planète, où elle a recueilli des spécimens séchés et vendus dans les marchés d’Asie. En effet, dans la médecine traditionnelle chinoise, cet animal aiderait à combattre la fatigue, le vieillissement ou encore la dysfonction érectile, rien de moins.

Chercheuse au Musée Redpath de 1997 à 2012, Sara Lourie a étudié sous la supervision d’Amanda Vincent et a ainsi contribué aux activités du réseau. Au départ, se rappelle-t-elle, la taxonomie de ce petit poisson était complètement désorganisée. « Les biologistes ignoraient combien il y avait d’espèces d’hippocampes et comment il était possible de les distinguer les unes des autres », relate-t-elle. Sara Lourie y a mis de l’ordre et élaboré un guide d’identification des hippocampes en explorant notamment les musées pour arriver à les classer correctement. À ce jour, il en existerait 44 espèces, selon le Project Seahorse.

De petite à grande collection

La collection prend de l’ampleur au fil des voyages de Sara Lourie en Asie du Sud-Est. En 2001, elle met au jour une nouvelle espèce, Hippocampus denise, qui fait environ deux centimètres de long et habite les eaux du Pacifique occidental, près de l’Indonésie. La chercheuse a nommé ce poisson orangé en l’honneur de Denise Tackett, une photographe ayant fait partie du Project Seahorse. « Denise m’a envoyé des photos de ces hippocampes que je ne connaissais pas. J’ai pu aller sur un bateau de plongée pour tenter d’en trouver un spécimen », raconte Sara Lourie. Sa patience a été récompensée : elle en a aperçu au bout de sa cinquième journée de recherche. Ces spécimens n’appartiennent cependant plus à la collection du musée montréalais ; ils ont été transférés à Hawaii et en Indonésie, il y a quelques années, pour y être conservés. La chercheuse a également découvert trois autres espèces au cours de sa carrière.

Depuis le départ de Sara Lourie du Musée Redpath, la collection d’hippocampes n’a pas été bonifiée. Anthony Howell explique qu’aucun chercheur n’étudie actuellement les hippocampes à l’Université McGill, à laquelle le Musée est associé. L’application de lois plus restrictives pour protéger cet animal aquatique limite aussi l’expansion de la collection. « Nous aimerions bien exposer plus de spécimens, mais malheureusement, nous n’avons pas de place dans la galerie pour le moment », se désole M. Howell. Qui sait, ces petits chevaux de mer feront peut-être surface un jour à un étage du Musée.

Galerie

Plongeon dans la plus grande collection d’hippocampes du monde

Image: Wikimedia Commons

Y a-t-il des hippocampes dans les eaux du Canada ?

Une seule espèce d’hippocampe a été aperçue dans nos eaux (photo ci-contre). « C’est peu commun, mais on a observé l’espèce Hippocampus erectus près de la Nouvelle-Écosse. Il pourrait s’agir d’une population résidente, à moins qu’elle ait été emportée jusqu’ici par les eaux chaudes du Sud », dit Sara Lourie.

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